Publié le 11 Novembre 2017

Bientôt des nouvelles du Geek Festival.

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Rédigé par Louise Mitchell

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Publié le 9 Novembre 2017

Est ce qu’on peut écrire la prison ?

 

« Comment voulez-vous que les prisons soient bien tenues quand dans les films le truand est Alain Delon et le surveillant Paul Preboist ? » L’anecdote est rapportée par un directeur de maison d’arrêt à l’anthropologue Didier Fassin. Il illustre à sa manière le décalage entre la réalité de l’incarcération en France et sa réception publique. L’auteur  a enquêté  cinq années dans une prison qu’il ne nomme pas, et a exploré minutieusement les étapes qui mènent à la prison. Elle montre son visage au tribunal où les comparutions immédiates vous envoient plus surement au dépôt qu’un  simple renvoi de l’affaire. Si la prison ne change pas, elle reçoit de nouveaux entrants. Cela tient au durcissement de la loi et de son application. Désormais, les incarcérations pour défaut de permis de conduire conduisent en prison une nouvelle catégorie de délinquants. « On ne sait pas quoi faire dans ces cas là. On est désemparés, » avouent des juges. L’anthropologue qui a aussi étudié le système pénal américain montre qu’on incarcère toujours plus de noirs et toujours plus de non-diplômés. Moins d’école égale plus de prisons. Dans la pratique judiciaire mondiale, la prison est la modalité unique  et ordinaire de punition. Dans un second temps l’emprisonnement s’applique aux personnes défavorisées et ethniquement discriminés. Didier Fassin  démontre qu’on incarcère toujours plus de personnes, toujours plus de pauvres en France.« Plus d’une personne sur mille est en prison » tandis qu’aux Etats Unis, 7 millions de personnes sont à l’ombre. Le fameux « Choc carcéral » détruit plus surement qu’il ne dissuade. En Californie la formule « Three strikes and you’re out » est la traduction de la tolérance zéro.  Les juges sont contraints d’emprisonner à vie à la troisième condamnation. A vie. « Les statistiques apportent l’évidence et parfois la contradiction des faits. »

 

 

L’ouvrage de l’Observatoire International des Prisons, lui, accroche notre regard par des photographies muettes et par l’histoire d’ex-détenus. Pourquoi sont-ils passés par la prison. Comment l’école a manqué pour certains, la famille pour d’autres. Pour tous l’amour. Des écrivains tels que Philippe Claudel ou Gérard Mordillat écrivent l’histoire de ceux qui ont connu la détention. La préface de Robert Badinter qui chiffre le nombre de détenus à 67 075 au 1er janvier 2014 masque celui des incarcérés par bracelet électronique. 80 000 personnes sont sous écrou rappelle Didier Fassin. L’OIP prend des risques avec les détenus qu’elle présente. L’un d’eux est « pointeur ». Il a été incarcéré pour des actes de pédophilie. L’écriture d’ Olivier Brunhes nous dévoile un être persécuté par ses pulsions comme par la Justice. Sylvie Piccioti qu’on connaît pour avoir passé du matériel d’évasion à son compagnon au parloir, rencontre l’écrivaine Virginie Despentes. Il y a aussi Sacha, 23 ans, qui a plongé à 16 ans avec les émeutes urbaines de 2005 à Saint Etienne. Le hasard presque puis la détention qui plombe. L’administration qui frappe sans discernement et qui le renvoie en prison.

Ces récits à fleur de peau racontent avec retenue des êtres victimes de l’enfermement et de la machine judiciaire.

 

La réédition du livre de Jean marc Rouillan paru chez Denoël en 2001, chez son éditeur complice, Agone montre une autre facette. C’est le premier livre qu’a écrit ce militant révolutionnaire condamné pour sa participation à une entreprise terroriste, c’est à dire, changer le monde. Aujourd’hui il est invité pour des soirées anti-carcérales dans toute l’Europe. Il y évoque sa détention, son bracelet électronique et ses espoirs révolutionnaires jamais éteints. Maniant le flash back comme hier le cocktail Molotov, il écrit des années avant sa sortie : « On ne s'habitue jamais à la prison. Et plus le temps passe, plus les matins sont douloureux. Treize années. Plus de 4 750 matins. » Martin Winckler dans sa préface parle ainsi : « Dans les prisons françaises, la loi et la justice ne sont pas respectées. Trop souvent, la durée et les conditions d'enfermement y sont inversement proportionnelles au rang social du détenu. » Pauvres en prison, riches au balcon. Est ce qu’on peut dire la prison ? écrivait déjà Pierre Goldman en 1979.

 

 

 

Didier Fassin, L’ombre du monde, Seuil, Paris, 2015, 601 pages, 25 euros.

 

OIP, Passés par la case prison, La Découverte, Paris, 2014, 208 pages, 17 euros.

 

Jean Marc Rouillan, Je Hais les matins, réédition, Agone, Marseille, 2015, 288 pages, 12 euros.

 

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Rédigé par Louise Mitchell

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Publié le 8 Novembre 2017

11 novembre 2017, Place Castellane. Marseille.

11 novembre 2017, Place Castellane. Marseille.

Navarrin de veau.

 

Meeting de l’ Action Française en octobre en pleine rue de Marseille suivies d' arrestations de ses membres pour cause d’attentats. L' Action Française ne désarme pas et ce 11 novembre elle a déployée une banderole en l'honneur des morts de la guerre de 14. Une guerre ou des généraux royalistes et fils de  l'aristocratie ont envoyé se faire tuer et estropier pour un bout d'Alsace et de Lorraine, des millions de paysans, et de colonisés.

 

Reportage.

 

Devant la boutique Solirecup, au 14 rue Navarin,  lundi 16 octobre, le travail continue. On charge les caisses de fruits et légumes. On propose des céréales à bas prix. Pourtant le week-end n’a pas été calme. Juste à coté, jouxtant leur local il y a toujours la verrue de l’Action Française qui a posé son local en plein quartier de la Plaine, comme on pose une merde de chien dans Marseille. Sans nettoyer.

 

Ce week-end d'octobre, les thuriféraires du Roi ont remis le couvert et exposé leurs idées devant leur local, terrorisant les passants et effrayant les habitants. Certains ont fui, depuis deux ans que la plaie est là. Les antifascistes avaient convoqué  un rassemblement. Ils en ont eu pour leur dégout. Canettes par dessus les rangs de la police,  gazage amical, tout le week-end les passants ont eu droit à des attaques autour du dit local. Les ratonnades n’ont pas repris mais les destriers du Roy sont prêts à nettoyer la France pure. D’autres habitants s’en vont le week-end comme cet avocat que je croise sur le trottoir. Il n’est pas fier mais attend un réveil des consciences. A la boutique où s’agrègent les plus pauvres, on n’a pas vraiment la tête d’un rejeton nobliau. Ca  fait vilain dans le coin. Ce local enterré comme un caveau d’ou sortirait le cadavre de Louis XVI a été curieusement déménagé la nuit du 18 octobre vers minuit quand tous les chats sont gris. Il faut dire qu’il y a eu un coup de filet dans les mieux de la Monarchie extrémiste alors il faut bien ranger ce qu’on a caché dans le dos de la police lors des échauffourées de samedi. Rien d’étonnant entre ces camelots du Roi et leur proximité avec Ravier, sénateur aujourd’hui et notre maire d’aujourd’hui allié en 1986 à la région de l’extrême droite. Toute une cour autour d’un vieux Roi catholique.

En attendant le retour de l’héritier du  comte de Paris, son fils Jean, l’Action française juge que les Catalans n’ont pas droit à l’indépendance alors qu’eux mêmes proposent le provençal comme langue de notre belle région. Un blougi boulga assumé par Stan, le petit marquis d’Aix en Provence. Ce nobliau oublié a ainsi rappelé l’existence d’un local dit La Bastide à Aix en Provence pour s’encanailler avec rigueur. Clément, un des barons de l’Action française a pour sa part annoncé qu’un nouveau local serait ouvert à Marseille. Une voisine a manifesté sa joie de les voir partir.

Dans la ligne de Maurras, de Banville…la subversion du régime est en marche, les flics derrière. On ne sait jamais.

Le dernier assaut de Tardi et Grange, un playdoyer contre les guerres et l'autorité.

Le dernier assaut de Tardi et Grange, un playdoyer contre les guerres et l'autorité.

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Rédigé par Louise Mitchell

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Publié le 2 Novembre 2017

1000 abonnés ou rien.

1000 abonnés ou rien.

CQFD en kiosque ou jamais.

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Publié le 27 Octobre 2017

Rédigé par Louise Mitchell

Publié dans #Jardins merveilleux

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Publié le 27 Octobre 2017

Lettre de Saint Martin la Patrouille (Saône et Loire)

 

Avec mon mari René, on s’est dit qu’on ne pouvait pas être indifférents à la crise que traversent les étrangers. Alors, en lisant le blog des gars alités et des conciliations, un site super sympa, rien qu’a son nom, on s’est décidé à agir.  (Faut que je vous dise René est un peu enrhumé depuis sa sortie à Marseille.)

 

Donc je disais qu’on voulait accueillir une famille de réfugiés. On nous a dirigé vers des espagnols expulsés de Catalogne depuis l’Indépendance. Ah les braves gens. Ces malheureux qui ont été trainés dans la boue par un tyran d’opérette qui a imposé la sécession. Nous, l’Espagne on a toujours aimé, surtout sous Franco. C’était bien à l’époque. Pas cher. Les campings étaient bien tenus. La Guardia Civil très polie. Et Milan qu’est ce que c’était beau ? Pas vrai René ? Les valeurs de l’Espagne ils nous en ont parlé. Pas les clichés sur la pizza, ou la corrida. Non. Una , grande et libre… L’ordre et l’honneur, voilà.  En France, savez bien,  on est dirigé par des gauchistes comme Macron. On est cannibalisé par les anti France.

 

Avec notre famille espagnole ca a été bien quelques jours mais faut reconnaître, Juan, il chantait trop souvent. Et trop fort. C’était un gitan. Et sa femme quand elle tapait des pieds, quelle horreur. Les flics venaient à chaque fois, vers deux heures du matin quand ils commençaient leur flamenco.

 

On les a rendu et on a pris après une semaine de repos,  des européens. Des propres, blancs ceux là. Un couple de danois. Bien, les Danois, j’ai dit. On connaît peu ce pays. Le salami et l’omelette de Shakespeare à la rigueur.  Les Danois ca fait peur depuis Brevik. Ah c’était en Norvège ? Nous, de toute façon, on n’est pas socialistes, alors…Bon ben les Danois ils fuient leur pays depuis que les éoliennes ont tout envahi. Eux ont été expulsés par une multinationale de l’ Energie Française. Tu te rends compte. Durant deux ans ils ont été dans un camp à la frontière suédoise, sans pouvoir donner des nouvelles à leur famille avec un Nokia 4G correct, avant de pouvoir s’enfuir sur une embarcation  de fortune, un ferry je crois. Quel drame. Trop méconnu. Comme vous le dites souvent, les médias nous mentent.

 

Eux voulaient fuir vers l’Algérie. On a pensé à les mettre dans le camping car pour passer la frontière. Mais on avait trop peur d ‘être pris pour des passeurs.

Enfin la semaine dernière on a reçu des chômeurs allemands.  Ils viennent d’être expulsés de leur pays car ils refusaient de travailler. Hartz IV, le programme de travail les avait orienté vers les nouvelles mines de charbon de Rhénanie. Comme ils étaient biberonnés à l’écologie depuis la naissance ; c’était Nein. Arrestation, expulsion de leur logement, violences de la police, ils ont taillés la route vers la France, en pensant gagner le Brésil. J’en aurais pleuré de cette histoire.

 

Avec René qui prend l’ apéro avec Fritz pendant que je vous écris, on se demande comment on va faire pour sortir dans le village avec nos allemands. On va pas leur mettre une étoile jaune quand même.

 

Demain on reçoit un producteur américain qui fuit Hollywood.  Il demande l’asile à cause de Trump. Paraît qu’il passe son temps un genou à terre en priant Dieu de lui rendre Obama. Je suis pas sur qu’on va le garder.

 

Simone.

 

Felix, je commencé un baby gros pour le petit. Tu passeras le chercher.

Ta Mamie.

 

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Rédigé par Louise Mitchell

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Publié le 24 Octobre 2017

Salon Google.

 

La divertissante multinationale était  invitée à Marseille les 22 et 23 septembre 2017.

 

 Pour ma part je m’étais déguisé en père de famille et j’avais loué une petite blonde éprise de smartphone. Incognito. A première vue, samedi, on était les premiers et on a pu admirer les lunettes  3D avec un employé parisien, en rouge, très cool qui m’a avoué adorer travailler pour sa boite jusqu'à des heures indues. « La cantine », m’ont expliqué des étudiants en bleu, était super sympa et puis chez Google  on valorise les salariés. «  20% de notre temps c’est pour des projets personnels : » Abattre le capitalisme, construire sa maison en paille…tout ça quoi. « C’est une grosse différence avec les boites à l’anciennes », d’après un étudiant niçois venu prêter main forte. Ici t’es valorisé et donc poussé à te défoncer pour ton taf.  Vaut mieux pas avoir de vie de famille tout de même. Parce que le boulot c’est tellement bien que t’as envie d’y rester toute ta vie.  Gare à la retraite quand tu enlèves les lunettes 3D et qu’il n’y a plus personne dehors.

 

A l ‘atelier Carto, un sympathique étudiant en bleu, te montre le fonctionnement de Google Map : «  On a des satellites, des avions qui filment partout et les voitures google qu’on voit dans toutes nos villes.  Vous pouvez filmer vous mêmes et nous envoyer votre petite route non cartographiée, si vous voulez. »  Et où s’arrête l’intime,  hasardais-je. On floute. Ah je suis rassuré ! Les zones de guerre échappent aussi un temps à Google. Ce qui fait d’elles des zones libres un temps.  Cocasse, non ? Imaginez les camps de rétention filmés, les routes bombardées, les quartiers de grande pauvreté. Tout y passe.

Pour finir on est allé se former au référencement payant de Google. Obligé vu que le flux vers notre site est des plus prometteurs. Là on eu droit à un  cours de commerce en ligne où le sympathique googlien nous a appris comment tournent les enchères Ad words, et les applications payantes de la firme. Avant tu flânais bêtement et tu rentrais dans un magasin par hasard. «  Là aujourd’hui vous êtes tout le temps connecté . »  Deux tiers des internautes font des recherches avant d’acheter. Et en plus ils achètent à 70% sur la première page. «  Alors comment me distinguer entre mille chocolats ? » nous dit notre bateleur. «  Google ne propose plus des résultats mais des réponses directes : genre Uber ou Blablacar. » Tu cherches à aller d’Etampes à Pithiviers en passant par le temple d’Angkor: Blablacar, tu te rends, casque à la main, en Cochinchine : Uber.

Le conseiller en rouge expliqua des fondamentaux du business. «  Appelez la même chose de deux noms et vendre le même produit sous deux appellations » Exemple pour des bestioles incarcérées : «  Poulets label Rouge» ou «  Poulets plein air. » et même « Poulets Bio » Il faut ranger des choses ensemble. Ensuite t’es pris dans le tunnel, extension de lien,  d’appel, d’extraits de site qui oblige le client à préciser. Enfin tu le bourres de pub : «  TF1 fait tourner la même pub toute la semaine. Vous, elle s’adapte à chaque portrait. Avec Google vous pouvez savoir quel écran est le meilleur. » Bingo ! Quand il est sur mobile, tu guides ton client jusqu’au magasin.  «  Et vous lui vendez ce qu’il veut. »  Là où le commerce a toujours vendu du rêve, Google vend un client.

La petite fille louée sur Uber, elle, avait réussi à choper gratos des lunettes 3D pour voir le mont Blanc à partir de sa chambre.

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Rédigé par Louise Mitchell

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Publié le 23 Octobre 2017

Autour de trois livres sur l' armée.

 

 

«  Vous m’êtes sympathique et j’ai donc décidé d’être gentil et de vous envoyer dans l’armée de l’air. Vous devriez vous plaire au sein de ce corps qui compte beaucoup de personnes comme vous : elles adorent avoir les fesses en l’air. » Ainsi fut incorporé le soldat Schindler, homosexuel et anarchiste , deux tares pour la grande muette qui va subir durant trois bonnes années des mouvements de soldats refusant les mauvaises conditions du service militaire. Si en France les jeunes hommes en sont libérés depuis 2001, tout a malheureusement commencé avec la Révolution Française. Ce qui paraissait une bonne idée est devenu avec l’armée Française, le règne discriminatoire d’un Etat dans l’Etat. Si l’on sait qu’il y a à coté de l’assemblée le pouvoir sans partage de l’ Etat Major et de ses amis, les marchands d’armes, on se rappelle moins combien cette parenthèse dans la vie que fut le service militaire fut une privation de liberté et la découverte de la bêtise humaine. Car s’il est insupportable d’obéir à un patron, il est encore plus terrible d’obéir à un gradé. Le soldat est un pion sans cervelle qu’on comprime  de règlements quotidiens et qui doit  se comporter  comme un sanguinaire sans foi ni loi,  une fois débarqué sur un champ de bataille. Admirez la contradiction. «  L’armée ca pue ca pollue et ca rend con. » Schindler nous raconte sur un mode burlesque et juvénile les turpitudes de son affectation.  Il signe l’Appel des cents suivi par des milliers de bidasses pour obtenir des droits dans les casernes. Ce sont des membres de la Ligue Communiste pour la plupart, mais ils sont vite rejoints sur le front de la désobéissance par les « anars » qui organisent manifestations et monomes dans les casernes. Des journaux naissent au sein des régiments. Si l’armée ne vacille pas, elle embastille les réfractaires comme les Trois de Draguignan. L’auteur signe son journal de bord de cette période fiévreuse où il a l’audace de réaliser un film anti militariste au service des armées. Louis Lecoin cité dans une séance avec des galonnés, on se dit que cette époque était vraiment une époque bénie pour le désordre et le rire. Hormis les passages en prison où la solidarité fonctionne à plein, ce livre est un énorme Merde à l’Armée qui résonne à chaque fois que l’autorité écrase de ses chenilles la vie humaine. C’est à dire à chaque instant.

 

Christel Coton a une démarche différente. Sociologue et fille d’un officier issu du rang, elle a pu réaliser une véritable observation participante  du corps des officiers. Deux terrains militaires lui ont servis de matériaux : L’école d’Etat Major de Compiègne et un régiment de cavalerie des troupes de marine : du beau monde en somme. L’élite. Il ressort de cette enquête qu’il y a une sourde lutte des classes dans l’armée. Et qu’elle provient des mêmes ressorts que dans la société : l’école. S’opposent donc les soldats issus du rang, éventuellement ceux qui ont combattu et ceux qui les commandant, les Saint Cyriens, la noblesse d’école.

Dans cet ouvrage, peu de turpitudes ni de rébellion. L’obéissance est la clé de l’armée française. On se souvient encore d’un général français en Yougoslavie qui avait pris une initiative mais globalement « un militaire, c’est comme un ministre, ça ferme sa gueule ou ca dégage ».  Contrairement aux années 60, la sédition a abandonné les casernes. Il est loin  le temps où Henri Maillot, aspirant de vingt-huit ans détournait un camion militaire  pour rejoindre un maquis communiste en Algérie[1].  Aussi loin celui du temps ou des généraux « félons » s’opposaient à Degaulle lors du putsch d’ avril 61.

 

Aujourd’hui l’armée française ce n’est plus des hommes mais un service de vente d’armes lié à la DGA.  C’est le propos terrifiant développé dans le livre-spectacle  de Nicolas Lambert.  En recoupant des textes et des conversations téléphoniques autour de deux affaires d’Etat qui sont celles de l’attentat de la DGA à Karachi avec celui de l’écrasement du dictateur libyen par son débiteur, l’auteur dresse une politique de l’armement en France.  Citant Jean Pierre Lenoir : «  Notre appareil militaro industriel est devenu dépendant de véritables poudrières- Libye, Irak, dictateurs irresponsables, émirs, qui ne se sont pas privés d’alimenter chez nous le terrorisme. Pour s’offrir du matériel, notre armée a du en vendre à l’adversaire plus qu’elle n’en avait acquis. » Cette soumission au commerce va à l’encontre de l’esprit patriotique inculqué dans l’armée. Elle oppose donc le militaire issu du rang, pour qui la position de guerrier est fondamentale avec celui de l’officier issu de l’école, pour qui l’obéissance à la DGA et donc aux marchands d’armes est  contrainte et apprise.

Ces trois ouvrages ont tous le mérite d’explorer un domaine inconnu : l’esprit de sédition dans les casernes. L’armée n’est pas si imperméable à la société que ne le voudraient nos dirigeants.

 

Contingent rebelle. Patrick Schindler. L’ Echappée. 2017, Paris, 17 euros.

Officiers, des classes en lutte sous l’uniforme, Christel Coton, Agone, Marseille, 2017, 19 euros.

Le maniement des larmes, Nicolas Lambert, L’Echappée, Paris, 2016, 10 euros.

 


[1] Cité dans Les balles du 14 Juillet 1953, Daniel Kupferstein. La découverte.

Grande et pas si muette: L' Armée Française.

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Rédigé par Louise Mitchell

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Publié le 20 Octobre 2017

En catimini.

 

« Ceausescu a démoli la ville, disent nos parents ? Mais cette nuit, à 4 heures du matin parce qu’ils craignent les opposants, les promoteurs ont fait tomber une ancienne halle, un lieu historique de Bucarest…pour la remplacer par quoi ? Un supermarché ou des bureaux » (La petite communiste qui ne souriait jamais. Lola Lafon)

Ce court passage s’est incarné comme une réplique à l’Ouest ce lundi 4 septembre dans le quartier de la Plaine à Marseille. Depuis des années, la ville veut expulser ses pauvres qu’elle a trop nombreux. Pas sa faute, jurerait Jean Claude Gaudin, l’édile qui quémande toujours de l’argent à l’Etat. Comme l’année où il fallait appliquer la réforme des TAP, il a laissé les parents sur le carreau durant des mois et attendu que l‘Etat rajoute à l’assiette.

Aujourd’hui la métropole dirige tout mais elle a mis en avant la Soleam pour redorer un quartier de Marseille. La Plaine avec son marché devenu celui de la bricole et des fringues, un supermarché ouvert 3 fois par semaine sur une place qui sert à tous les usages : jeux d’enfants, baskets, foot, terrasses, karaoké punk, sardinades des fainéants le 1er Mai et son carnaval rebelle en mars dont on parle dans tout l’Europe depuis que la police a tenté d’en interdire le final, la crémation du Carementran. La Fête est finie a décrétée la Mairie, qui pense en déboursant 11 millions, créer du calme, « une place apaisée » dans ce quartier de fête depuis des générations, un ancien quartier de maraichers. Les habitants ne l’entendent pas de cette oreille : ils ont amplifié le carnaval qui se passe relativement bien quand la police ne gaze pas. Ils ont installé des tables et des bancs sur leur place que la Mairie laissait aux rats et aux immondices. Il paraît que les Marseillais sont sales. Déjà, dans les années 60 ils jetaient leurs ordures par les fenêtres.

Retour en 2015 : Un matin d’hiver deux agents municipaux et un ouvrier viennent découper le mobilier urbain illégal. Les habitants se rassemblent paisiblement et tiennent le coup sur une dernière table. Quatre vingt pandores les en arrachent et les gazent. Le coup fait flop. On rit de cette milice aux ordres d’une faction mal élue. La Mairie, elle, éteint les réverbères, laisse les voitures s’installer sur la place encore plus tôt. A croire qu’elle veut chasser les piétons. Une chanson nommée, Touchez pas à la Plaine devient même un succès. L’architecte milanaise Paola Vigano abandonne le projet, manque de concertation croit-on savoir. Lors de ces réunions en trompe l’œil, les opposants font les larrons et piratent les réunions. Gérard Chenoz, adjoint au maire  promoteur en chef devient furieux «  Moi je m’appuie sur la majorité silencieuse » glisse-t-il sans mentir. On se gausse de pistes cyclables dans le projet alors que la ville leur fait la chasse.

 

Une assemblée populaire s’entête à se faire parler habitants et usagers du quartier. Les forains manifestent plusieurs jeudis en camion. Pour eux, c’est comme une usine qui ferme. Un collectif réinstalle des tables et des bancs en mieux. Il répare l’eau de la fontaine, nettoie les environs, agit où la ville ne fait plus. La ligue des Droits de l’Homme se propose de faire ses réunions sur les nouvelles tables, d’autres associations les suivent. Le journal CQFD y installe  ses apéros. Les Tables deviennent une agora à ciel ouvert.  En juin dernier, une semaine de fête est organisée, un tournoi de boxe a lieu, des jeux pour enfants, une bibliothèque et des bancs pour les parents s’élèvent sur le terrain de jeux.

En Mairie, on invite les opposants mais on les disqualifie. La saleté ce sont les habitants, les commerces qui vacillent, la faute aux kebabs, le marché, des articles tombés du camion. On veut remettre des belles terrasses, arracher des arbres pour en replanter des nouveaux en bonsaï, végétaliser en minéralisant comme au Vieux Port, canaliser les voitures sans les interdire, refaire du neuf avec de l’ancien. A la Soleam, on invente un « tapis central » dans lequel on ne va pas se prendre les pieds. Comme tout doit ressembler à Barcelone, la touristique, une « Rambla » s’échantillonnera de kiosques ( Les deux consacrés à la presse ont fermés ces dernières années.) ornés de « figures de la Plaine » Si l’on dispose sur des structures métalliques les visages de Sabine, une locataire du quartier qui a son franc parler, virée de son appartement cet été ou du Massilia, on peut s’attendre à un rire tonitruant des derniers habitants de ce quartier. Les Sabines n’arrêteront pas ce combat entre les habitants et des élus qui ne vivent pas ici. Si cela ne change rien, au moins les entreprises de travaux publics tourneront. Mélenchon s’est même improvisé tribun sur les Tables mais la place s’est encore révoltée. Trop tiède. Il a préféré partir dans le 7éme arrondissement pour sauver des ruines.

Dans la nuit du 4 septembre 2017, si les Parisiens proclamaient la République de 1870, quelques agents municipaux volaient le mobilier urbain de la place. En secret, en tapinois, en catimini. Et en prétextant qu’il s’agissait de mieux servir le marché en lui offrant quelques mètres de plus. Le lundi soir de cette petite vilenie, quelques centaines d’habitants se retrouvaient pour faire le point sur cette  infamie. Le mardi, aucun forain ne s’est installé sur cet espace.

De la Plaine souffle un vent contraire.

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Rédigé par Louise Mitchell

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Publié le 20 Octobre 2017

 Philippe Blanchet, Textuel, Paris, 2017, 12, 90 euros, 11 pages.

 

Le socio-linguiste Philippe Blanchet revient sur quelques mots et leurs usages actuels. Entre autres, il examine le terme Laïcité qui employé à tout va, et rappelant les valeurs républicaines, est devenu un missile anti musulman. Le mot Radicalisation qui vient de radical et donc de racine, c’est cornélien à vrai dire, se traduit désormais par un changement de comportement qui peut conduire à l’extrémisme et au terrorisme.  Si ce comportement est celui de musulmans alors il y a radicalisation, c’est à dire retour à la racine, donc à l’essence même du musulman, qui est resté un fellagha, donc un ennemi. Heureusement Blanchet montre qu’une autre catégorie peut entrer dans cette définition  du Ministère de l’éducation Nationale, « action de rendre plus intransigeant le discours ou l’action »  Il serait temps pour Jean Luc Mélenchon ou François Ruffin, insoumis, et le mot est déjà fort,  de prendre le chemin de la déradicalisation. Le terme ne consiste pas à arracher les radis des poches des puissants, car un sous mis sous la table, c’est déjà le début des incivilités. Ce terme est exploré  par l’auteur et  on sait l’emploi qu’il a été fait. En citant Bourdieu, il rappelle que le pouvoir en nommant les choses les structure et leur donne corps et vérité. Philippe Blanchet examine le terme Incivilités en tant qu’usager de la SNCF et constate cette neutralisation des comportements. Les hold-up sémantiques tuent mots à mots.

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Rédigé par Louise Mitchell

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