Lfoundry.

Publié le 20 Décembre 2013

Pas de Père Noël à Rousset.

J'étais parti rejoindre ce matin les salariés de Lfoundry à Rousset, à deux pas de Gardanne, mais à quinze bornes tout de même, que j'ai avalé avec mon vélo. Sur place, sous un ciel bleu se dessinait la Montagne Sainte Victoire qui pliait plutôt la tête ce matin et Christian, un postier Sudiste qui relève la tête. Si les six cent salariés bloquaient bien les ronds points de la ville ce n'était pas avec l'espoir au cœur mais plutôt dans un baroud d'honneur après des mois de luttes.

La veille deux camarades de SUD avaient encaissé ce qu'elles craignaient : la liquidation judiciaire de leur entreprise. Les larmes aux yeux, elles étaient prises entre le soulagement et le vide devant l'avenir, le chômage qui démarrait. La fin aussi d'une camaraderie dans les ateliers et parmi les équipes de nuit. Au petit matin elles avaient à peine dormi, « Une heure » me dit Marie-Pierre qui travaille dans cette boite depuis 13 ans dont la plupart du temps la nuit. C'est à dire un poste de 12 heures de rang de nuit pendant trois jours puis deux jours de repos. Tout ça pour s'adapter à la machine. Pendant ce temps là, les hommes et les femmes eux se plient pour résister aux contraintes de l'usine. Un usine chimique, c'est en sorte ça, les semi conducteurs comme me l'explique Alain Botel, technicien process qui est là depuis le début de l'usine. « On manipule des produits chimiques capables de dissoudre des os » comme me le rappelle Carmela, chimiste en poste en journée. Tout ces risques pour la santé donnent des puces, un monde de nano-particules destinées à vos portables, tablettes, tout votre attirail « écologique » et moderne.

« On utilise de l'Arsenic, du bore, du phosphore pour graver des plaques de silicium » Des réticules en fabrication, 37 niveaux de marquage, des masques, de la programmation, de l'aluminium, voilà le monde du travail qui n'a pas changé pour les ouvriers. Si, désormais ils viennent en voiture, ont un crédit, des payes supérieures à ceux des autres bagnes industriels. Ils peuvent aussi croire un instant que c'est moins sale que le charbon qu'on travaillait à Gardanne.

Cette affaire qui meurt aujourd'hui s'appellait ES2 en 1987, et fut reprise par le groupe américain Atmel durant 30 ans. Une chose saute aux yeux de tous en discutant avec les ouvriers autour des palettes incendiées : Le groupe allemand Lfoundry a agi comme un prédateur de technologie. Il a acheté ce site pour le vider de son poids remplaçable : la main d'oeuvre, et cela en deux temps : pillage du cash flow, c'est à dire pour les non anglophiles, il a pris la caisse puis dans un second temps il a transféré la technologie en Italie. Carmela confirme : « J'ai arrête un allemand qui piratait nos données dans l'usine » Pour ne pas sombrer hier elle a puisé dans les yeux de ses enfants la joie du sapin de Noël et des guirlandes. « De toute façon cela ils ne l'auront pas. » me dit elle. Les ressources existent et heureusement la vie ne s'arrête pas pour eux. Seulement il y a eu vol : une fois de plus, le savoir accumulé depuis trente ans sur ce site a pu être arraché par le seul pouvoir de l'actionnariat. Ce qui a été construit par un collectif a été volé par un groupe. Car ce sont bien les chimistes, le service Recherche et Développement qui a depuis des années élaboré et trouvé des solutions techniques. Ce sont bien des opérateurs de base qui ont expérimenté des techniques. Tous ces gestes leur sont volés aujourd'hui.

Alors on pourrait parler des promesses non tenues, d'Arnaud Montebourg et des ses gesticulations, du maire et de sa future « grève de la faim » du préfet, du PDG d'Atmel qui a cessé les achats, mais tout ces discours ne changeront rien à une chose. Des homme et des femmes sont exploitées et sont liquidées. Cela se passe aujourd'hui à Rousset en Provence et dans toute la France.

Rédigé par Louise Mitchell

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