Moulins Maurel.

Publié le 4 Février 2015

Modestes luttant contre mutants qui empestent.

Les salariés des Moulins Maurel étaient convoqués au tribunal le 15 décembre 2014. En conflit avec le groupe Nutrixo qui a fermé leur outil de production dans la vallée de l’Huveaune, à Marseille, ils avaient réoccupé l’usine suite au vol de quelques machines par leur direction.

Ils sont dix sept à se rendre au tribunal de Marseille ce lundi, pour répondre de l’accusation de l’occupation de leur usine en octobre. Dix sept employés modestes repérés lâchement par la direction, sur internet. Edouard Pagni, un grand type aux yeux bleus explique à la cantonade : « Le 25 octobre, suite à la journée portes ouvertes, ils ont décidé de faire des captures d’écrans. » Comme les autres, il hésite entre la fanfaronnade car les Moulins Maurel ont trouvé un repreneur, et le dégout des patrons voyous, une espèce en voie de développement. « Ils savent pas comment faire pour continuer le pourrissement. » Mépris pour le peuple, mépris pour les années de travail, tous le disent avec leurs mots.

Gilles qui est agréeur de métier, fait partie de ces dix personnes à connaître cette spécialité en France : choisir et classer les blés. C’est lui qui les regarde, les choisit et autorise leur entrés dans la minoterie. Stéphane lui sent le blé, le goutte, le mouille et nettoye jusqu'à parfois 28 tonnes heures de blé. « Il y a deux mouillages avec quatre heures de repos derrière. » Ils sont convoqués parmi les autres parce qu’ils veulent travailler de leur métier et ne comprennent pas qu’on puisse acheter une usine pour la fermer. Pourtant leurs voisins chez Fralib ont vécu ça, leurs cousins lorrains de Florange aussi.

« Nous les Marseillais…reprend Edouard, on est déterminés, on voit le soutien qu’on a dans le quartier de la Valentine. Notre combat est juste et loyal et Nutrixo est injuste et scandaleux. » Un scandale de plus, devrait-on dire. On ne peut s’empêcher de le penser. Edouard qui attend des repreneurs pour demain trouve cela anachronique. Les employés aussi le pensent. Claire qui est en retraite me raconte qu’elle a emmené ses petits enfants au Moulins Maurel. L’un d’eux ne voulait pas repartir : « Mamie je veux savoir qui va gagner ! » Claire aime cette lutte parce que « Je les trouve modestes ! » Modestes de mine, modestes comme le sont les pauvres en général. Mais riches d’un savoir extraordinaire car on sent bien à les écouter que ce sont eux qui savent faire tourner la machine, qu’ils connaissent sur le bout des doigts. Stéphane a pour la première fois emmenée ses filles sur le site de l’usine car en temps normal c’est un site dangereux.

L’usine à l’aspect suranné qui produisait de la semoule pour Panzani par exemple a perdu la moitié de ses effectifs. Les blés venaient de la région sud-est, parfois de l’ouest. La zone d’implantation est convoitée pour son fort potentiel immobilier. Au milieu de ça des vies qui ne pésent pas lourd face aux intérêts en jeu. Le marché du blé subit des spéculations très fortes et comme le dit Edouard : « Il y a un manque de coordination chez les politiques, les patrons se frottent les mains, eux il sont organisés. » Vévé Guinot du comité de soutien constate que les gens du quartier ne peuvent plus consommer. L’enseigne LIDL cherche à acheter les terrains. « Les gens soutiennent les Moulins Maurel parce que c’est une usine mais aussi ils ont très peur que la zone commerciale s’étende. » De plus les gens « n’ont pas de rond pour consommer. »

Edouard avant de rentrer dans le tribunal salue « On vous dit pas merci parce que c’est normal. Comme c’est des voyous, on a besoin du gouvernement ! L’état détient une participation de 11% dans l’affaire mais semble plutôt laisser faire le libre marché.

Mardi matin, je rappelle Stéphane qui est en train de grimper sur le toit de l’usine pour couper les projecteurs. « Je pense qu’on sera condamné quand même » estime-t-il, essoufflé. Le jugement est mis en délibéré jusqu’à jeudi en attendant le repreneur. Stéphane me confie ses craintes : « Ils ont quand même embarqués deux trieurs optiques avec les flics l’autre fois et on ne sait pas où ils sont. » Le combat ne fait que commencer. La trahison continue.

Rédigé par Louise Mitchell

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