L' arabe pour tous.

Publié le 6 Décembre 2020

L’arabe pour tous. Pourquoi ma langue est taboue en France. Nabil Wakim, Seuil, Paris, 2020, 200 pages, 17euros.

 

Pourquoi ce journaliste au Monde a–t-il perdu l’usage de l’arabe ? L’arabe, langue qu’il pratiquait enfant avant d’émigrer du Liban.  Nabil Wakim s’interroge, puis questionne sa famille ainsi que des personnes de premier plan, très à l’aise avec le français sur leur rapport à la langue familiale, à la langue d’origine. Ces recherches vont des dispositifs ELCO à l’enseignement par cœur des sourates du Coran. Pourquoi l’arabe est si peu enseigné en France alors que ses locuteurs sont si nombreux ? L’arabe est même la seconde parlée en France.  Deux raisons émergent «  On ne veut pas de petits bougnoules dans notre bahut du centre ville ou l’arabe c’est fait pour la mosquée. » On oublie simplement que l’arabe est comme le russe ou le chinois, une langue parlée par des millions de locuteurs de par le monde avec ses dialectes, sa variété, ou sa langue haute, l’arabe littéraire. On feint d’ignorer que la plupart des musulmans ne parlent pas l’arabe. Quoi qu’on en dise, on ne parle arabe ni en Iran ni en Turquie ! Par contre les chrétiens libanais eux le parlent. La langue arabe souffre d’une convergence de préjugés : langue ennemie, langue des pauvres, des immigrés, de la rue et depuis peu de quelques terroristes. A ce titre, elle est devenue la langue de la duplicité et du mensonge. Pour les parents arabophones immigrés aussi.

Quand elle est parlée par un conseiller de Macron, elle est lavée de ses taches. Si c’est par un conseiller financier de Sarkosy en Libye, elle est noble. Par contre à l’école ou dans le métro, les arabophones baissent la tête et ne lisent pas dans la langue d’origine. Il ne suffit pas d’être de gauche pour accepter l’enseignement de l’arabe. Au nom de la laïcité, cette langue est rejetée vers les religieux qui dégoutent très vite les enfants d’en user. L’intégration est alors « réussie » avec la perte d’une langue en pertes et profits.

Cet ouvrage simple d’accès mais riche d’enseignements oublie seulement l’écueil  de l’indépendance algérienne, source d’un ressentiment contre les « arabes » et leur langue.

L’auteur, non sans humour, rapport combien il a lui même intégré la honte de parler arabe en France.

 

 

 

 

Rédigé par Louise Mitchell

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