Les valeurs actuelles de Lucky Luke.

Publié le 15 Décembre 2020

Les valeurs actuelles de Lucky Luke.

 

Les valeurs actuelles de Lucky Luke.

 

« Le nouvel album des aventures du célèbre cow-boy se laisse envahir par la politique, sous sa forme la plus caricaturale, sur fond de dénonciation convenue de l’esclavagisme sudiste » écrivait l’hebdomadaire Valeurs Actuelles à la sortie du nouvel album de Lucky Luke, Un cow-boy dans le coton.

 

 On a voulu en savoir plus. En résumé, vérifier à l’instar de ce bon journal de l’extrême droite française comment « ce fleuron de l’esprit français » que fut Goscinny a pu être remplacé par le sémito-négrophile Jul dans le scénario du cow-boy ?

 

Jul se serait éloigné de la finesse ? Il caricature. Sans suspense. Faux évidemment.   Comme dans album La terre Promise où il faut avoir vu, soit Rabbi Jacob de Gérard Oury soit connaître un tant soit peu la culture juive, l’humour d’un cow-boy dans le coton est à deux degrés.

Souvent, il faut avoir trempé enfant dans l’histoire américaine pour comprendre les plaisanteries de l’album.  Valeurs Actuelles fait procès de la laideur des blancs et de leur bêtise sous le crayon d’ Achdé. Est ce que le procédé dans la bande dessinée de représenter la laideur intérieure n’est pas de bon aloi ? Goscinny ne se gênait pas vers la fin pour souligner quelques personnages bien réels. En réalité, les blancs ne sont ni moins laids ni plus beaux que les noirs. Et les Daltons sont toujours aussi niais. Les habitants blancs du bayou, parlant cajun, sont des braves gens pauvres. Ce qui est  dénoncé, c’est la société blanche, certes mais celle des propriétaires fonciers. En quelques pages, Jul dénonce ce qui est attesté : la ségrégation, le lynchage et la présence du trop fameux Ku Klux Klan. A son propos, Jul devient plutôt léger quand il fait dire à un Lucky Luke lynché «  Vous avez 15 semaines de retard sur mardi gras ! » Ou quand Joe Dalton décrit les KKK comme des « Turlututu Chapeaux Pointus » Les enfants apprécieront. Les fachos seront désarçonnés. Valeurs Actuelles a raison sur une chose : il n’y a pas parmi les lecteurs de Lucky Luke  de gens qui pensent que l’esclavage soit une chose admirable.  Mais peut-être parmi les lecteurs de l‘hebdo s’en trouvent -ils qui voient dans l’esclavage une forme de relations entre Blancs et noirs, empreinte de bons sentiments. Notons que l’album se situe cinq ans après l’abolition. Il montre plutôt comment les choses n’ont pas changé si vite. Les récents épisodes de flingage d’afro-américains par la police  ne sauraient apporter un démenti. Les noirs comptent aux Etats Unis mais leurs vies moins que celles des autres.

Le journal accuse l’auteur de proposer une « légende noire ». Le terme reprend les accusations soi disant portées à tort contre les conquérants Espagnols qui n’auraient pas « tant que ça » exterminés les amérindiens. Du moins pas volontairement. Un peu comme les bons cotés de la colonisation française en Afrique de l’ Ouest.

 

Notre Lucky Luke de Jul est pourtant plus simple que ça. Le cow-boy hérite d’une plantation dans le sud des Etats Unis. La maison est entièrement refaite en son honneur, couleur des prisonniers Dalton. L’horreur en somme.  Il trouve des anciens esclaves apeurés sauf une certaine Angela (Davis ?) qui n’entendent pas se laisser gouverner. Il veut léguer la plantation à ceux qui la travaillent, ce qui pour le coup, tombe dans le domaine de l’imagination. Il est vrai que le cow-boy a toujours été porté plus sur la liberté, la justice et la solitude  que sur le capital. Résultat « le moralisme ou prêchi prêcha » de Jul tombe plutôt bien car il met à la portée de tous des faits relatifs à la fin de l’esclavage.  Cet agrégé d’histoire ne place pas la barre trop haut dans cet album. Il nous apprend même l’existence de Bass  Reeves, marshal noir.

Valeurs Actuelles qui a trempé sa plume dans la fange la plus abjecte avec l’affaire Obono , ramasse dans l’égout de quoi faire ses chroniques. Même les plus anodins articles de cet hebdomadaire droitier se tortillent dans les bas fonds.

 

 

 

Un cow-boy dans le coton. Lucky Luke d’après Morris. Achdé et Jul. Lucky comics. 2020, 48 pages, 10,95.

 

 

Rédigé par Louise Mitchell

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