Action directe chez les Lautaro.

Publié le 26 Novembre 2009

Action directe chez les Lautaro.

Guerilla Urbaine à Santiago du Chili dans les années 80.

Eduardo Galeano raconte en traversant la Cordillère des Andes avoir vu un grand panneau qui proclamait: “Avec Frei les enfants pauvres auront des chaussures? En dessous quelqu’un avait graffité: “Avec Allende il n’y aura plus d’enfants pauvres.

Quelques années plus tard, au grand dam de Nixon et de Friedman, Allende accédait à la présidence.

Allende c’était la fête sur les épaules de mon père” raconte Rosamunda, la quarantaine passée et l’accent sud américain prononcé. La fête populaire s’achève à la Moneda avec le bombardement du Palais en septembre 1973. Agée de huit ans, Rosamunda vivait avec sa famille dans le sud du Chili. Son père, cadre du Parti Communiste et syndicaliste à Endesa, la compagnie d’électricité du pays, retourne au travail défendre l’Unité Populaire. Sans armes puisque Allende avait réquisitionné les armes réclamées par une frange extrémiste mais clairvoyante de la gauche. “Toutes les personnes de son bus ont été arrêtées”: Cinq d’entre elles ont disparu dont le père deRosamunda.

Les jours suivants, la mère de Rosamunda ne désarme pas et cherche son époux. Elle le cherchera toute sa vie.”Ma mère est allé à la caserne, à la marine, partout. Elle a finalement retrouvé  la voiture de mon père chez un capitaine de la marine, une 4 L: c’est la seule trace de mon père. » Comme le dénonce l’écrivain chilien Luis Sépulveda, “Chaque soldat chaque policier, chaque officier fit fortune sous la dictature en trafiquant avec l’effroi.”Enceinte d’un autre enfant, elle a traqué une trace, visitant les morgues, les commissariats, qui sont souvent l’anti-chambre des premiers. Elle l’a cru dans un camp au nord du Chili mais en vain. Ils seront au moins trois mille à “disparaître”, uniquement des hommes. “ Trois ans plus tard en Argentine, des femmes et des enfants aussi seront “desaparecidos”. Pinochet avait du respect pour les femmes”, plaisante-elle.

Rosamunda grandit dans la famille de son père à Valparaiso qui “la kidnappe” comme elle le dit brièvement. Sa tante en voulait à son père d’avoir disparu parce qu’il était communiste. Un jour où son frère demande où se trouve leur père, la famille répond qu’il est en voyage:Rosamunda, elle, éclate: “C’est les militaires qui l’ont tué.”

En 1979 elle revient à Santiago où sa famille vit dans les quartiers sud, une zone où la police ne fait pas tout à fait la loi, comme à la Victoria. Elle y retrouve “les rouges” qui organisent des anniversaires pour faire des réunions politiques interdites. “J’avais la rage, pas seulement de la jeunesse.” Elle en a assez du culte des disparus, de cette omerta sur le passé de leurs pères:“On disait, il travaille en Argentine, il est au Nord. Résultat ils m’ont viré parce que je ne supportais pas qu’on se batte pour la mémoire”. 

Quand Pinochet voulait faire un tour, le couvre-feu était décrété. Cela n’empêche pas Rosamunda de sortir pour des concerts.Son adolescence est agitée malgré le couvre-feu, joyeuse et révoltée en dépit de la propagande de la télévision: “Mañanà mejor”; Le Chili va bien, qui contraste avec une réalité plus sombre pour ceux qui avaient connu l’enthousiasme du Chili d’Allende.

Un jour, on l’invite voir un film et on lui demande: “Tu veux faire quelque chose pour ton pays.” Elle acquiesce; dès lors elle est engagée auprès du Mouvement de la Jeunesse Lautaro, du nom d’un guerrier Mapuche, héros de la résistance. “Je me suis retrouvé avec une “Chapa” un surnom pour la clandestinité. »

« Les protestations démarraient au son d’une cloche, puis les casseroles sortaient de toutes parts, las ollàs en chilien. On chantait: “Lucia, Lucia, la ollà esta vacia. Lucia était le nom de la femme de Pinochet. Ces formes de protestation venaient du Nicaragua. Comme ses rassemblements spontanés à l’image du Teatro del Silencio, “On se rassemblait, puis on sifflait Y va caer et on se dispersait.”

Rapidement Rosamunda en aura assez de ces protestations trop inoffensives. Après la prise de conscience commence l’action politique. Les Lautaro, membre du MAPU, ont pour mission autant de tuer “ les pacos” les carabiniers comme on les appelle au Chili, de jeter un cocktail Molotov sur une banque que d’agir en direction du peuple: récupérer des chaussures : “ On entrait tous à la même heure dans dans les magasins Bata, et l’un de nous sifflait- c’était le signal que tout le monde reconnaissait- alors on lançait des palomitas, des tracts, et l’un de nous criait: “On est pas des voleurs, on est une organisation politique. » Cela dit avec un flingue sur la tempe d’un caissier, c’est plus convaincant comme disait Lucky Luciano. Cela signifiait que les gens pouvaient récupérer la marchandise. Les camions de poulet ramenés à Victoria aussi subissaient les raids de ces encagoulés qui avaient pour armes, “des pistolets défectueux; le sifflet avait plus d’effet.”

  Sa mort en 2006  ne lui a pas rendu son père. Lors du coup d’état de 1973, comme le dit Rosamunda, “Ca a changé radicalement, “ le cours de sa vie et celui de huit millions de Chiliens.

  Quant aux membres du FPMR, ils réaliseront  des évasions spectaculaires : en 1990, 49 d’entre eux s’échappent par un tunnel de la prison de Santiago et le 31 décembre 1996 ils sont quatre à prendre la clé des champs en hélicoptère. Rosamunda exulte à Toulouse avec d’autres exilés. En 1988 un plébiscite est repoussé par la population ; cette victoire du non au maintien du dictateur Pinochet amorça un simulacre de démocratie  : C’était en octobre et les militants Lautaro sont restés en prison. Rosamunda était déjà en France.

   Aujourd’hui la fille de Pinochet se présente aux élections municipales. Et on fête les cent ans qu’aurait eu Allende.Christophe Goby

[1] Le Monde Diplomatique, août 2005.[2] Lucie Lucie, la casserole est pleine.

Il va tomber.[4] Movimiento d’Accion Popular Unitaria

Rédigé par goby

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