Espèce de Spino-marxiste.

Publié le 13 Novembre 2010

Frédéric Lordon. Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza. La Fabrique Editions. Septembre 2010. 12 euros. 213 pages.

 

La lecture de Spinoza n’est pas que le pré carré du nouveau directeur de France Inter. Le philosophe a l’audace de plaire au « Professeur Lordon » comme on l’appelle chez Daniel Mermet. Dans cet essai l’économiste revisite les fondamentaux de la soumission, et s’interroge sur le fonctionnement du salariat aujourd’hui. Citant Spinoza et cette provocante sentence « Si quelque homme voit qu’il peut vivre plus commodément suspendu au gibet qu’assis à sa table, il agirait en insensé en ne se pendant pas » Lordon explore le mouvement qui anime aujourd’hui le prolétariat. Son obéissance joyeuse qui produit au salarié  la satisfaction de ses désirs et dont le libéralisme tire les profits aboutira-elle à son émancipation ? Spinoza insiste sur la valeur et leur sens qui n’appartiennent pas aux choses mais sont produits par les forces désirantes qui s’en saisissent. Ce renversement de la pensée qui évoque le travail de René Girard sur le désir d’imitation, s’inscrit dans le champ large entre économie et philosophie. Fréderic Lordon, après avoir décortiqué les mécanismes du Faire Faire entrepreneurial et montré  la situation mobile des salariés actuels, questionne un communisme où le désir et la liberté ne seraient  pas punis, comme il le fut dans le régime, au combien long, du stalinisme mais selon des principes plus proches de la pensée Bakouninienne. Comme Michel Onfray, il rompt avec l’idée d’un grand soir car «  la sortie des rapports sociaux du capitalisme ne nous fait pas sortir de la servitude passionnelle. »

Rédigé par Louise Mitchell

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