Chasses à l'Homme.

Publié le 1 Octobre 2010

arton499.jpgGrégoire Chamayou. Les Chasses à l’homme. La Fabrique éditions. Mars 2010. 13 euros.

   Etrange homonymie entre cerf et serf qui les désignent comme proies, depuis Caïn jusqu’au jeune Ivan Dembsy, garçon de  12 ans chutant du 4e étage, en tentant  de fuir la police prédatrice. Grégoire Chamayou trace sous ce vocable de chasse, une histoire philosophique de la capture des esclaves par leurs maitres, de Platon à Besson et divise le pouvoir en deux formes, le pastoral et le cynégétique, l’art de la chasse, remontant aux chasses aux indiens dont les conquistadores s’occupaient à leur façon. « Descer indios » entendait-on alors dans les colonies, comme dans le Massachusetts où en 1775 on relance l’activité lucrative du meurtre : cent livres pour toute chevelure d’indien. Chamayou pourfend la thèse voltairienne de la servitude volontaire reprise par Hegel, qui suppose une acceptation de son état par l’esclave. Les nègres, dit Hegel, « meurent à la légère », victimes d’un postulat raciste. Le rappel vaut d’être entendu : « La domination esclavagiste ne nait pas d’une lutte ouverte mais d’un rapport d’emblée dissymétrique, de chasse à l’homme. » La liberté dans la mort, ou l’asservissement, voilà qui en principe arrange le maître et convient à ses affaires.  L’originalité du propos vient de l’analyse des rapports de dénomination sous l’angle de la chasse ou comment la mise à mort vient au bout de la course. « Il ne s’agit pas d’inverser les rapports de prédation mais de les abolir. »

Rédigé par Goby

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