Milton Parc

Publié le 10 Octobre 2011

Milton Parc : La plus grande coopérative d’habitation d’Amérique du Nord est née à Montréal.

 

 

« Milton parc est le plus grand quartier rénové en Amérique du Nord. » : peut-on lire sur le site. Effectivement 600 unités de logement  social persistent contre vents et marées dans le centre de Montréal. Au Québec, les coopératives d'habitation gèrent 23 000 logements où habitent 50 000 personnes.

C’est en m’arrêtant sur une église transformée en appartements que je me suis demandé  si ce quartier était tout à fait comme les autres. Et puis Gaëlle Janvier dAlternatives m’a mis sur la piste. Leur siège social appartient à une coopérative d’habitation. Là-bas, Yasmina Moudda, ex-capitaine de Basket algérienne, encaisse les chèques pour l’OSBL en m’expliquant qu’elle a aussi logé à Milton Parc mais qu’elle a quitté son logement car elle n’en pouvait plus de faire des réunions. Le débat est à ce prix.

Pierre Duclos, le gérant salarié pour l’ensemble des coopératives m’accueille en me prévenant : « 2000 personnes me surveillent de prés. » Une fois cette mise en garde passée il raconte : « A la fin des années 60, nous sommes dans un quartier cosmopolite, prés de l’université Mc Gill avec une mixité entre anglophones et francophones. » Les ouvriers comptent pour beaucoup dans ces petites maisons Victoriennes malgré une présence accrue d’étudiants. « L’exposition universelle 67 arrive et les promoteurs vont leur entrée à l’hôtel de ville » continue-t-il. Leur projet est de créer des tours et un centre commercial qu’on appellerait La Cité, « vivre se divertir et travailler dans des tours ». Avec le système des compagnies à numéro, c’est à dire des sociétés anonymes, ils parviennent à racheter beaucoup de maisons. « Leur stratégie : les entretenir le moins possible, et ainsi les démolir en justifiant de leur vétusté. » Alors qu’ils commencent à démolir, une prise de conscience citoyenne émerge. Des marches et manifestations commencent, et des arrestations les suivent.

« Lorsque qu’éclate la crise d’octobre 70, Montréal a moins bonne réputation. » En effet, l’armée canadienne envahit le Québec sous le prétexte d’une insurrection séditieuse appréhendée. Le Front de Libération du Québec vit ses dernières heures. Les promoteurs font aussi faillite. Ils sont parvenus tout de même à construire deux tours de La Cité et un tronçon de centre commercial. « Reste cent cinquante maisons délabrées. Les citoyens reprennent du collier. » Des vigies font des gardes contre les incendies suspects lors de la grève des pompiers. On accuse les promoteurs. Dans cette lutte s’associeront des tempéraments différents, celui de Phyllis Lambert , héritière de la richissime famille Bronfman et le couple de gauche Roussopoulos et Kowaluk, son épouse. « Il faut dire que des éléments de conjoncture propices ont favorisé la victoire des résidentEs - un noyau militant composé de libertaires et de radicaux autour de Dimitri Roussopoulos qui a porté la bataille dans la rue, la présence de nombreux étudiants dans les logements, ceci dans une période de radicalisme politique, et enfin un lobbying efficace auprès des élites politiques via Phylis Lambert, » précise Marcel Sévigny un ancien conseiller municipal. Aujourd’hui liés dans l’IPAM (Institut des Politiques Alternatives de Montréal) qui s’oppose à la vision mercantile du grand Montréal, ils ont su s’associer pour préserver le quartier Milton. Mme Phyllis Lambert, architecte philanthrope, présente un intérêt pour l’héritage de Montréal : elle devient la marraine du quartier.

Une fois le projet écourté, les citoyens « sont allés taper des piasses à l’organisme des hypothèques pour créer des coopératives d’habitation. On cherche des logements à côté pour les gens dont l’habitation doit être refaite. » Le quartier est réinvesti. Marcel Sévigny raconte : « Ce mouvement a été très actif durant plusieurs années. Il a même mis sur pied un restaurant coopératif et autogéré qui n'existe plus, un centre social et culturel (Centre Strathearne) repris par la Ville suite à des problèmes de gestion, et le Centre d'écologie urbaine encore très actif et qui a organisé récemment le "congrès" Éco-cité. » Il reste néanmoins le YMCA qui offre à peu de frais une activité de formation pour les femmes qui comprend une initiation au bricolage (plomberie, électricité, menuiserie).

Après 40 ans d’effort, l’échangeur Pins Parc qui défigurait ce quartier central depuis 1959 a été démonté et une piste cyclable dessine un modeste parcours au cœur de la ville. C’est aussi contre ce projet que s’est insurgé Milton Park dés 1974. L’échangeur était un véritable carrefour de la mort et une source de nuisances en plein centre.

 

Aujourd’hui l’esprit coopératif s’est effrité. Pierre Duclos pense « qu’il faut sceller le destin de ce quartier pour que ça reste un bien commun. » La communauté Milton Parc est aujourd’hui un syndicat de copropriété dont les propriétaires sont des coopératives. Le militant libertaire Marcel Sevigny conclut : « Quelques unes des coopératives de Milton Parc ont été actives dans la mise sur pied de la fédération des coopératives à Montréal. Notre coopérative, Le Peuplier, (à Pointe Saint Charles) fut une des 14 coops fondatrice de la Fédération en 1983. Aujourd'hui il y en a près de 400. Mais tout ça s'est organisé durant la longue période de ressac du social des années 1980-90 qui fait que le militantisme coopératif a lui aussi été influencé par une perte de vitalité et des formes d'institutionnalisation bureaucratique. »

Rédigé par Louise Mitchell

Publié dans #Montréal Story.

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