Demain, loge toi tout seul !

Publié le 14 Mars 2010

 

Fin de la trêve à Marseille. Les expulsions reprennent malgré la Loi Dalo. Les associations dénoncent un abandon du logement social et une politique qui laisse les pauvres face aux pauvres.

 

Ils n’y vont pas de main morte, les adhérents du RESEL, le Réseau Stop aux Expulsions Locatives de Marseille : « Des maires ont été élus sur le programme : pas de logements sociaux dans mon arrondissement. » dénonce Philippe. Cependant Marseille est légèrement en dessous de la loi SRU, avec une concentration de ces logements sur les quartiers Nord. Le sud ne convient pas au logement social, dirait-on. On rappelle que Jean Claude Gaudin, le maire UMP de la ville avait déclaré qu’il y avait trop d’étrangers dans le centre, et qu’il voulait des Marseillais qui paient des impôts. Avec le bouclier fiscal, la mairie va finir désargentée.

Frédéric, représentant de la CNL déplore les nouvelles dispositions de la Loi Boutin, « Les délais d’expulsion passent de trois ans à un an » et constate une cadence accélérée des expulsions.  Il s’en prend aussi au maire accusé d’avoir vendu le parc HLM. « Les consortiums, les gros bailleurs, ce sont bien eux les expulseurs » La loi Dalo ( Droit au logement opposable) est même condamné par le médiateur de la république :« Les solutions proposées par l’Etat providence (Ra, CMU, loi Dalo) accentuent pauvreté et précarité. » A travers la couverture maladie universelle (CMU) ou le droit au logement opposable (Dalo), les politiques de solidarité "font montre d’une efficacité déclinante". Autre constat : ajouter des lois ne fait que compliquer son usage pour les usagers comme pour l’administration.

Avec la loi Boutin, c’est l’ensemble du foyer qui est pris en compte  pour l’obtention d’un logement social. Ce qui paraît plus juste va mettre dehors énormément de familles modestes, car les loyers doublent dans le privé. La véritable carence dénoncée par les associations, c’est bien l’absence de moyens mis dans la construction ou la réhabilitation de logements sociaux.  « En France, il manque 1,5 M logements. Et comme le dit l’INSEE c’est le poste principal pour les gens » Particulièrement en PACA ce qui paupérise d’autant plus la classe moyenne. Les foyers d’urgence comme celui de La Madrague hébergent des personnes chassées de leur logement. Une situation qui peut durer des années.

Jean Luc Duriez de la Confédération Syndicale des familles rejoint les avis de ces prédécesseurs ; « Ce ne sont pas que les américains, il y  a des familles marseillaises dont la vache à lait est le logement » Rappelant le fonds de pension Lone Star qui a pris le contrôle de la rue de la République, il s’en prend aux sociétés HLM qui sont pour certaines à but lucratif.

Au delà de ça, le diagnostic fait l’unanimité parmi des défenseurs des locataires. «  Ce sont des accidentés de la vie, une longue maladie, une perte de travail et l’on ne paye plus son loyer jusqu’à l’expulsion. » Outre les bidonvilles de Roms qui reviennent en périphérie ou comme à la Part Dieu, à Lyon, les mal logés persistent, et les contraintes pour entrer dans un logement sont telles que les locataires ne peuvent plus faire face.

Enfin Marc Gastaldello du DAL  est favorable aux réquisitions pour donner un signal fort, ce que justement à fit le DAL en décembre avec l’occupation de le rue Forbin dans le quartier américain de la rue de la République. « Le logement ne saurait être une marchandise » assène-t-il, prêtant ses faveurs à l’auto-construction. Fred reconnaît que la CNL ne « va plus dans les actions illégales » et s’emporte en parlant de sa propre sœur, « Expulsée pour un mois de retard. Elle a un cancer du sein et elle était absente.» L’Union Nationale de la Propriété Immobilière, une œuvre de charité comme on s’en doute répond à propos de l’arrêt des expulsions qu’  « Il y a là un risque réel de décourager le placement locatif » et quand la Fondation Abbé Pierre demande à différer l’octroi de la force publique, nos samaritains crient à l’inconstitutionnalité.

Jean Perrin, le grand manitou de l ‘UNPI a même trouvé la recette miracle pour débloquer la location. « Une exonération d’ISF et des droits de succession pour les biens loués à des ménages à bas revenus pendant une longue durée. » En voilà une idée qu’elle est bonne. Et si les milliardaires louent à des sans abris, on pourrait peut-être les dispenser d’impôts à vie ? Charité bien ordonnée commence par soi même. Jean Perrin fait du social en plus et trouve des pistes, « la facturation directe au locataire de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères ou le paiement direct par le locataire au syndic de certaines charges de copropriété. » Ce qui oppose de plus en plus gros propriétaires et locataires, c’est cette pression des actionnaires à des niveaux inconnus.

 

Il y a aussi Paulette. Son cas n’est pas isolé. Elle est expulsée alors qu’elle a toujours payée son loyer. Son propriétaire veut «spéculer » comme dit Marc. « Je peux partir, mais il me faut un logement sans ascenseur, je suis claustrophobe. » L’immeuble qu’on lui propose est neuf mais l’appartement est « dans un trou et avec 60 euros de charges pour une retraite de 720 euros c’est trop. » Entêtée, Paulette rappelle, « J’ai eu la vie dure à Paris. Je peux me restreindre sur la nourriture. Je ne me chauffe pas » C’est ce qu’ à L‘UMP on appelle la nouvelle pauvreté ?

Avec la loi Boutin, des bailleurs sociaux envoient à des personnes âgées des courriers leur expliquant qu’elles sont en sous-location, autrement dit elles vivent dans trop d’espace. « Elles ont le palpitant qui décrochent » A 65 ans elles sont pourtant protégées. Paulette qui possède « une tête qui fonctionne à merveille » ne trouve pas de garants. Ses parents ne sont plus là pour le dépôt de garantie.

 

   Fred constate que c’est la fin de la loi de 48 : « Il n’ y  a plus de financement » Philippe pense qu’il faut se créer comme RESF, Marc du DAL pronostic des batailles de printemps, « Il faut organiser un contre pouvoir permanent » et Jean Luc annonce une « position physique contre les expulsions » A Aix en Provence, une squatteuse bardée de trois enfants s’est installée devant la mairie dés jeudi. Elle est expulsée du logement HLM qu’elle a réquisitionné, car elle vit au RSA. 13 Habitat, son bailleur, répond qu’elle ne peut passer devant les listes. Émilie Rossi dément : "L'appartement était vacant depuis longtemps, et je n'en ai privé personne. »

 

   Le samedi 5 mars, à Grenoble le bailleur social Actis a reçu la visite de deux encagoulés qui ont saccagé la hall d’accueil de l’établissement. Une autre position physique.

Rédigé par Goby

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