Fièvre Catarrhale Ovine

Publié le 3 Mars 2013

Papier paru il y a deux ans dans La Galipote: Toujours instructif.


 

Procès d' éleveurs refusant la vaccination contre la Fièvre Catarrhale Ovine. Tribunal de Thiers.(63),  18 février 2011.


Fallait-il poursuivre ?

Ils sont huit ce jour là au tribunal de Thiers à être poursuivis par le Ministère de l’agriculture pour avoir refusés la vaccination de leur troupeau. Enquête sur une fièvre étatique : la fièvre catarrhale ovine.

Le premier, Hervé Roche élève des vaches laitières sur la commune du Monestier, dans le Puy de Dôme. Ayant refusé les prescriptions du vétérinaire, une ordonnance de 10 euros pas animal est tombée. « Pour dix vaches ca peut aller, mais celui qui a une centaine de chèvres… » C’est le cas de Charles Marteaux, qui élève deux cent brebis et soixante dix chèvres sur Fayet Ronaye. Herve m’explique : « Le virus est transmis par un moucheron mais la transmission ne se fait pas d’animal à animal » Il ajoute que la contagion a touché d’abord la Belgique qui n’a jamais vacciné, mais qui n’a plus de gouvernement non plus depuis 249 jours. En réalité le montée de cette épizootie essentiellement venue du sud, puisqu’on la découverte en 1908 en Afrique du Sud sur des bovins venus d’Angleterre, a pris en tenaille la France entre Espagne et Belgique avec de versions, appelés sérotypes, différents mais évidement proches.

 

Herve est un apôtre du Bio : « Les industriels de la viande ont demandé la vaccination pour la vente en Italie qui l’exigeait. Ces élevages concentrationnaires avaient beaucoup de casse. » Il argumente montrant l’inefficacité du traitement : « Quand on nous a imposé ça, on était en pleine virologie » Michel Duffaisse qui fournit l’AMAP de Thiers reconnaît qu’il a vacciné quelques broutards pour qu’ils puissent passer la frontière italienne où 4 millions de veaux partent pour des vacances forcés . Après il a revu sa prophylaxie. Pour cet éleveur en bio depuis 1997, la peur était là aussi « J’ai soigné avec Gilles Grosmond, qui a prescrit des oligo éléments et du chlorate de Magnésium. »

Gilles Grosmond est un  vétérinaire phytothérapeute de plus en plus reconnu pour ces méthodes alternatives de soins aux bêtes. Homéopathe, on le consulte par téléphone. Son conseil a pour vocation à aider les animaux à renforcer leur système immunitaire. Il procure des formations à des agriculteurs lassés des traitements lourds et inefficaces. Tous les agriculteurs me parleront de lui ce jour ci. Sylvie Guelon qui est en conventionnel, en élevage laitier, pratique la vente directe à partir de sa ferme à Paladuc. A 800 mètres d’altitude, il n’y a que des vaches et pas de syndicats. « On est dans la réflexion du bien être animal «  se défend-elle habituée à être la cible des attaques citadines. Elle ajoute même : « On fait corps avec nos bêtes. C’est pourquoi on travaille avec Grosmond qui leur a dit : «  La FCO il y a moyen de la combattre avec le terrain. » Sur le terrain il faut savoir aussi résister face aux autres éleveurs, « Vous allez propager la maladie, nous disait-on. » Chez les Guelon, on a jamais refusé les vaccinations mais on trouve un peu gros la campagne de la grippe H1n1 de Roselyne Bachelot, ancienne déléguée à l’information médicale chez Ici Pharma et représentante chez Astra Zaneca, la société qui fabriqua un nouveau vaccin contre la dite grippe.  Les bêtes en outre étaient aspergées de BUTOX, un subtil parfum assené sans protection et qui ont provoqué des malaises chez les équarisseurs. En effet le BUTOX est à base de Deltaméthrine, une substance réputée nocive mais autorisée dans l’éradication des moustiques. Dans les abattoirs, on faisait Bzzzzzz…

Avant la plaidoirie de leur avocat, maître Kiganga, le procureur qui s’est replongé dans la lecture de son journal a demandé une condamnation de principe sans amende, ni peine. A la différence des autres procès tous gagnés mais sur des vices de formes, celui ci aura pu éclairer le tribunal. Depuis des éleveurs du canton de Besse on été condamné mais sans peine, ni amende ! Ce sont les premiers en Auvergne pour cette vaccination que seule la France a mis en place.

 

 

 L’affaire elle ne s’arrête pas là. Nous avons voulu en savoir plus sur cette épizootie.

Gilles Grosmond  a  été vétérinaire clinicien durant 30 ans. Aujourd’hui phytothérapeute, il forme à l’aromathérapie et l’homéopathie. Il  reconnaît que les éleveurs sont très à la pointe, « actifs avec des pièces justifiées et argumentées ». Il est un de ces rares vétérinaires qui ont proposé une stratégie différente. « Renforcer l’immunité et la mesurer est possible : à travers la densité optique, on peut mesurer les anti-corps  et systématiquement avec ce test les animaux non vaccinés avaient plus d’anti corps » Derechef l’administration riposte et en Aout 2009, plus question de faire des tests. La DSV, le bras armé du Ministère de l’agriculture porte plainte. Comme les agriculteurs ils ont découvert la maladie petit à petit. Lui a pris le parti de renforcer l’immunité. Gilles Grosmond en veut à l’administration  qui a voulu une vaccination obligatoire et systématique. «  Ils ont détourné l’enquête de pharmaco vigilance »

Tous les tribunaux ont relaxé les prévenus jusqu’à maintenant. Gilles veut aller au fond des choses, « Avec les non lieux, on n’a pas avancé. »

Il insiste sur le Butox : « Dans le quart nord est de la France, ils ont aspergé sous haute pression le produit insecticide dans la laine » Avec cette vaccination et le traitement insecticide destiné à supprimer le moucheron responsable de l’épizootie, il n’ y a qu’un pas pour expliquer les avortements en hausse vertigineuse chez cette espèce.

Alors pourquoi cette vaccination qui a ressemblé au coup d’essai de la colossale supercherie  de la grippe A H1 N1, vous vous rappellez, l‘épidémie « mexicaine » et ses origines porcines et aviaires qui devait ravager le monde après le SRAS et la grippe asiatique dite H5N1 ? «  A croire que c’était une répétition » m’explique Maryse, militante écologiste et compagne de Gilles.

La faute au puissant syndicat agricole soucieux de protéger ces élevages concentrationnaires. « Ils ont défilé à Rodez pour demander la vaccination gratuite et donc obligatoire » En effet le 8 octobre 2008, ils sont une petite centaine devant la préfecture pour protester contre le prix excessif de la vaccination et l’autorisation de vacciner sans vétérinaire. Pierre Buisson, vétérinaire, et président du SNVEL évidemment favorable aux vaccinations  a par contre trouvé scandaleux que les vétérinaires ne viennent qu’encadrer celles-ci. La peur des éleveurs de perdre des bêtes dans cette période difficile de chutes des cours a fait le reste. La demande de l’Italie en terme de vaccination a reposé la question de la relocalisation des échanges. Enfin l’industrie du vaccin n’est jamais en reste pour pousser à ses mesures. Comme le dit sans détour Paul Polis du GIE ZONE Verte: « Le système médical est sous domination de firmes transnationales et la plupart des enseignants  sont eux-mêmes au service des laboratoires ». Le GIE Zone Verte s’est structuré à l’initiative de vétérinaires homéopathes dont Paul Polis. Leur philosophie : «  Ne pas soigner les malades mais créer les conditions de la santé. »

 

 

Yves Cornille, vétérinaire lui aussi, a rejoint le GIE récemment  après une carrière dans les GDS (Groupement de Défense Sanitaire), l’autre bord. Il a vu les débuts de la maladie en Espagne lorsque les éleveurs qui descendaient habituellement leurs ovins en Estrémadure n’ont plus eu le droit de remonter au nord  de Madrid : Confinement. Pour y échapper l’état et les structure agricoles ont payé de sérologies pour chaque animal : une fortune. « 40 euros la sérologie ! » En Espagne le sérotype 1 est détecté à Cadix. La belle s’est fait la malle et 1000 bovins sont abattus. Pour une vache tout le troupeau, pour une dent toute la gueule ! Peu après la maladie est déjà plus au nord alors  cesse la décimation. «  On a vite le pire, rappelez-vous des Six millions de bovins exterminés et de 2 millions d’ovins brulés dans des charniers pour la fièvre aphteuse en 2001 ! » rappelle Yves.  Génocide essentiellement en Angleterre et qui a gagné la Mayenne en mars 2001 avec un bouclage de la zone et une immolation géante que n’aurait pas renié Mohamed Bouazizi. Celle là n’a pas provoqué la chute du dictateur.

Pour la FCO, Gilles Grosmond dénonce un premier scandale : selon lui 40% des moutons ont avorté et les vaches ont eu des montées en cellules. Bien que prisonnières bien souvent, il s’agit là d’une augmentation du taux de globules blancs, qui révèle une infection de la mamelle.

Les labos ont gagné beaucoup d’argent : 800 millions de vaccinations ont été faites en Europe à 1 euro. «  Pour une maladie qui n’est pas contagieuse, et qui est bénigne la plupart du temps. Avec ces 24 sérotypes, elle est mutante. » Et d’ajouter que ces moustiques sont là depuis les dinosaures. Sauf que les dinosaures n’étaient pas élevés en batterie avec des tourteaux de soja, ou à manger de la luzerne toute la journée. Les herbivores comme les moutons « trouvent dans les prairies naturelles autre chose que du sainfoin ou de la luzerne qui les contraint. La chèvre trouve des bourgeons de pin qui le prémunissent contre certaines affections » On l’aura compris, l’alimentation variée construit un animal sain. Yves Cornille rajoute  « qu’avec des animaux en situation de faiblesse, amoindri par la génétique, qui sont des clones, le rêve du gentleman-farmer d’aujourd’hui, les virus sont à leur aise. » 

Cornille qui visite beaucoup de fermes en France dit souvent : « Eleveurs de ruminants, vous êtes d’abord des éleveurs de bactéries. » C’est beau comme du Degaulle ou… du Pasteur. «  C’est un moustique qui pique même ses congénères, il a une fonction d’immunisateur. » De 2007 à 2009, 47 000 foyers de virus sont répertoriés pour la FCO mais 90 % du cheptel n’est pas malade, « parfois une petite fièvre mais il faut savoir que chaque animal malade est indemnisé alors là on a multiplié par 10 les foyers ! »  Du côté d’une partie de la profession le bien-être animal passe aussi loin que le nuage de Fukushima pour un expert nucléaire, c’est presque un mirage.

Yves Cornille n’est pas non plus un croisé anti-vaccin. Adversaire de bien de ces confères sur le plan des pratiques, il explique que des vaccins crées en laboratoire  sont devenus dangereux relâchés dans la nature, «  notamment en passant d’une espèce à l’autre » Il s’agit de mutations reverses et « le sérotype 16 est à l’origine un vaccin. Selon Mac Sharry auteur d'un rapport sur les politiques des États membres dans le domaine de la lutte contre la fièvre aphteuse, sur les 34 foyers primaires de fièvre aphteuse dénombrés entre 1977 et 1987, 13 foyers étaient « probablement associés soit à un virus échappé des laboratoires ou à la production et l'utilisation de vaccin mal inactivé »

 

 

 Retour en Auvergne : Pierre Fraisse élève des vaches dans le Livradois. Il a vacciné ses bêtes en 2008. Trois jours après l’injection, sept génisses ont avorté, sur trente en gestation. Même cas chez un agriculteur du cantal resté anonyme et qui comme bien des collègues laisse faire. Pas Pierre Fraisse qui est passé au bio avec deux autres collègues après qu’il est constaté sur lui même des problèmes de santé. « Chez mon collègue, dés qu’il passait des traitements, il avait les oreilles qui pelaient. »

Pour la santé de leur cheptel, il en arrive aux mêmes conclusions : « On a supprimé les engrais et bizarrement plus de mammites chez nos vaches. » Quant la FCO est arrivé il a donc vacciné devant le risque brandi d’une épizootie foudroyante. Mais après les avortements, il s’adresse à Gilles Gromond et ils font des sérologies d’élevages vaccinés et d’autres non vaccinés. Bilan : Les animaux non vaccinés se sont immunisés d’eux mêmes. Il conclut : « Qui cherche à comprendre, commence à désobéir. »

 

Maryse raconte comment les éleveurs mettaient le couvercle sur cette affaire. « Mais pour une fois dans les collectifs Bio ou pas bio, tout le monde était là. »

 

 

On peut dire sans offenser la profession que la concentration des animaux favorise l’émergence des maladies et de l’argent, qui cela dit est une autre maladie. Les espèces rustiques ont mieux résisté que les vaches sélectionnées pour leur capacité laitière. Nombre d’animaux ont produit eux mêmes leurs anti-corps tandis que d’autres accumulaient les disfonctionnements physiologiques après vaccinations. Les liens entre l’industrie de la pharmacie et l’agriculture sont très puissants. Le premier possède l’autre. Un certain Jacques Servier avait recruté cet ancien menbre de la FNSEA devenu ministre de l’agriculture : Henri Nallet.

Quand Bernard Vallat , directeur général de l ‘OIE( Organisation Mondiale de la Santé Animale) explique : « On observe un peu partout dans e monde une décroissance des budgets publics dans les domaines relatifs à la santé animale ; à commencer par les ressources affectées à la surveillance et à la détection précoce des maladies des animaux d’élevage ou sauvages » on comprend qu’une filière, celle de la viande et en général l’agriculture est aux mains de la Nutrition animale et de la Pharmacie comme l’ a démontré Fabrice Nicolino dans son enquête Bidoche.

 

 

 

 

In Thierry Chauffour. Le Mag. France 3 Franche Comté. 7/03/2010

Fabrice Nicolino. Bidoche. Actes Sud.

Rédigé par Louise Mitchell

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