Le lièvre de Patagonie. Mémoires. Claude Lanzmann. Gallimard 2009

Publié le 11 Mars 2010


Il est toujours salutaire de lire les livres d’auteurs dont on n’aime pas la réputation. Lanzmann avait pour moi ce parfum d’un homme soutenant Tsahal et l’état d’Israël.

   Si vous ne vous rappelez plus,  Claude Lanzmann est connu pour avoir réalisé Shoah, ce documentaire sur ce qu’on appelait avant l’ Holocauste, la solution finale ou ce qui après guerre ne s’appelait pas. Dans la dernière partie du livre, il raconte les difficultés a réaliser son film, soucis d’argent, autorisation, difficultés à interroger des anciens nazis, pour témoigner des Einsatzgruppen ou des chambres à gaz.

   Avant cela, Lanzmann raconte ses reportages, comme celle du curé d’Uruffe, pour Elle ou France soir avec son voyage délirant en Corée du Nord. Il appartient à se journalistes épris de littérature et de philosophie qui ne rapportent pas les choses sans leur donner un sens et un recul. Amant de Simone de Beauvoir avec qui il vécut des années, il a partagé la vie de Sartre dont il nous livre quelques tics et manières. Sartre ne pouvait cesser de s’engueuler avec le Castor quand il s’agissait de choisir un itinéraire pour trouver un hôtel. L’enfer c’était vraiment les autres.
   Dans ses Mémoires, pourtant Lanzmann ne passe pas au dessous de l’écueil du ragot et tente parfois de rétablir des vérités sur tel ou tel passé sans que cela ait un intérêt autre que pour les logis germanopratins.

   Sa jeunesse à Brioude et à Clermont Ferrand où il est interne à Blaise Pascal, engagé dans la résistance communiste ignorant que son père est lui aussi dans la résistance gaullienne, trace les jalons d’une vie d’aventure. Élève doué, il intègre après avoir rejoint un maquis du cantal, le lycée Louis Le grand et pratique la chasse au filles avec Jean Cau, machiste, déclamatoire et admirateur naturellement de Montherlant ( Voir Les Jeunes Filles)

  Peu après il débarque en Israël, état nouvellement créé, et en est plutôt décu. Il voyage en Corée, où il tombe amoureux d’une infirmière, en Chine où il interview les plus grands, aux Etats-Unis, rencontre Frantz Fanon en Tunisie, revisite l ‘Italie comme Stendhal mais avec Beauvoir, escalade des montagnes helvétiques ou allemandes, manque de se noyer, échappe à la mort, tombe amoureux d’une infirmière coréenne au pays du non-dit, échappe aux polonais mais trouve le couronnement avec la réalisation de Shoah.  « Mon film devait relever un défi unique, remplacer les images inexistantes de la mort dans les chambres à gaz. »

 

Rédigé par Goby

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