Gramsci en guerre hégémonique.

Publié le 23 Mars 2012

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« Il faut empêcher ce cerveau de penser », déclarait le procureur fasciste qui condamna Antonio Gramsci en 1926. Ce que souligne cet ouvrage présenté par Razmig Keucheyan, c’est la nouveauté de la pensée intellectuelle dans les rapports de classe. Avec le fondateur du Parti Communiste italien, sont formalisées des notions  tels que l’hégémonie intellectuelle de la bourgeoisie, ou comme le titre l’indique, le concept de guerre de position et guerre de mouvement ou révolution permanente de Trotski. On retiendra cette formule : « Tous les hommes sont intellectuels ; mais tous les hommes ne remplissent pas dans la société la fonction d’intellectuels. » C’est peut être sur ce thème que les explications de Razmig Keucheyan sont les plus fournies car ici Gramsci a prévu l’importance de cette classe dans l’occupation tactique des médias. C’est aussi pourquoi il fondera des revues, tels Ordine Nuevo et des journaux, réalisant l’importance de l’éducation du peuple. Pour Gramsci, une revue est un organisateur collectif ce qui explique que Keucheyan voit probablement dans la revue Contretemps du défunt Daniel Bensaïd le moyen de faire émerger une intellectualité nouvelle. Gramsci est un véritable intellectuel car il professe la confrontation des idées avec l’ennemi, ce qui explique qu’il ait choisi de contester les opinions du penseur le plus reconnu dans l’Italie de son temps, Benedetto Croce. Il a aussi des formules éclairantes : « Le modernisme n’a pas crée d’ordres religieux mais un parti politique : la démocratie chrétienne. » L’Italie a fort à faire avec la religion comme force politique. Gramsci rappelle que « le rapport entre la philosophie supérieure et le sens commun est assuré par la politique » Et il développe en connaisseur de la religion catholique et de son histoire. « Nous sommes des prélats c’est à dire des politiques » comme le relatait Steed dans ses Mémoires.
Un chapitre important de ses lettres de prisons et de cette visite guidée par Razmig Keuckeyan s’attache au prince de Machiavel.  L’allégorie du Centaure machiavélien, figure de la nature bifide du pouvoir y est expliquée : Cette « hégémonie cuirassée de coercition »  n’est pas une forme figée, elle évolue selon les circonstances. On doit à Gramsci de ne pas rester avec un schéma pour l’Histoire, de penser l’histoire et la sociologie, comme en mouvement. Jusqu'à Jean Luc Mélenchon qui expliquait[1]  : « Je suis gramscien, celui qui construit l’hégémonie culturelle a gagné”.


[1]  Libé du 17 mars 2012.

 

Antonio Gramsci. Guerre de mouvement et guerre de position. Textes choisis et présentés par Razmig Keucheyan. La Fabrique éditions. 2012. 17 euros.

Rédigé par Louise Mitchell

Publié dans #Essai.

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