J'AIME LE BIJOUTIER NICOIS

Publié le 25 Septembre 2013

«J’aime le bijoutier niçois !» PAR STEPHANE GUILLON. (LIBÉ)

Autant vous l’avouer tout de suite, je n’ai pas fait partie des tout premiers fans de Stéphan Turk, le bijoutier niçois qui a tué son braqueur alors que celui-ci s’enfuyait. Certainement trop sensible, empreint de considérations philosophiques sur la sacralité de la vie, l’interdiction de se faire justice soi-même… je n’ai pas su apprécier immédiatement la justesse de son geste.

Je me disais naïvement : «Oui, mais quand même, tirer dans le dos d’un gamin de 19 ans, le tirer comme un lapin, alors que votre vie n’est plus en danger, c’est pas génial.» Autant dans une fête foraine, je peux comprendre, il y a un enjeu, un ours à gagner. Mais là ça ne pouvait certainement pas être pour récupérer son bien. Je le dis sans méchanceté aucune, mais vu le look de la bijouterie - une minuscule échoppe ressemblant plus à un kebab qu’à la vitrine d’un joaillier - vous imaginez la maigreur du butin. On ne dessoude pas un type pour une dizaine de Swatch, quelques montres Pion et une chevalière plaquée or. Plus j’essayais de comprendre les motivations d’un tel acte, moins j’y parvenais. Quelque chose m’échappait, je me demandais comment un homme en semi-retraite, décrit par les médias comme fragile, affaibli, traumatisé par ses précédentes agressions, avait-il réussi à s’agenouiller dans la rue pour stabiliser son tir et allumer le jeune Antony ? Un geste parfait, d’un grand sang-froid, que seul Clint Eastwood peut réussir.J’étais perplexeEt puis, samedi dernier, en m’apercevant que plus d’un million de personnes avaient envoyé le mot «j’aime» sur la page Facebook créée en soutien à Stéphan Turk, j’ai changé mon fusil d’épaule… un million deux cent mille fans, autant de personnes ne peuvent se tromper ! Je suis très influençable au regard d’un vrai succès populaire. Lorsque Camping est sorti au cinéma, au début j’ai dit : «C’est de la merde !» Et quand j’ai vu le nombre d’entrées, j’ai changé d’avis.

Dans le cas du bijoutier niçois, il faut se rendre à l’évidence, nous sommes face à un phénomène, quelque chose d’unique dans l’histoire du crime. Imaginez, vous butez quelqu’un et dans les heures suivantes vous recevez un million de soutiens Facebook. Quand je pense que Patrick Dils a fait quinze ans de prison alors qu’il était innocent… le charisme, ça ne s’explique pas !

Malheureusement, il y a toujours des grincheux, des snobs que le succès populaire dérange à l’instar du procureur de Nice, Eric Bedos, qui n’a pas souhaité retenir la notion de légitime défense en faveur du bijoutier. Pour M. Bedos (certainement un parent du célèbre humoriste gauchiste), Stéphan Turk «a agi volontairement pour donner la mort».

C’est oublier un peu vite que pour des milliers d’internautes Stéphan Turk est une star, une sorte de Charles Bronson de la Côte d’Azur qui a su dire : «Stop ! On en a marre de toute cette racaille !» M. Turk a su répondre à l’appel de son maire, le sémillant Christian Estrosi qui exhorte ses ouailles à «mater les Roms, ces délinquants en puissance». Antony n’était pas un Rom, mais franchement, de dos, sur un scooter, tout le monde peut se tromper ! Alors comment faire aujourd’hui pour sauver M. Turk, égérie du Web, inculpé d’homicide volontaire et assigné à résidence avec pour uniques bijoux un bracelet électronique. Un comble pour un bijoutier. Pour sa part, Christian Estrosi a eu une idée géniale : déposer un projet de loi afin de modifier les contours de la légitime défense. Une légitime défense XXL qui prendrait en compte «la dimension humaine et l’exaspération des victimes».

Et pourquoi ne pas la tester immédiatement à Nice ? Chaque jour, M. Estrosi et son lieutenant, le fidèle Ciotti, examineraient les affaires d’autodéfense.

Estrosi : «Alors Ciotti, quoi de neuf ce matin ?»

Ciotti (un petit homme chauve et nerveux qui mâchouille une Chupa Chups, on dirait Kojak) : «Une certaine Paulette a fait feu Promenade des Anglais sur un jeune en voiture. Elle attendait sagement dans les clous quand le jeune est passé, elle s’est sentie menacée.»

Estrosi : «Légitime défense, Ciotti ?»

Ciotti : «L’individu est un multirécidiviste qui a déjà perdu trois points pour usage de téléphone au volant…»

Estrosi : «Légitime défense, Ciotti. Affaire classée !»

Ciotti : «Le problème, Monsieur le maire, c’est que Paulette souffre de la maladie de Parkinson…»

(A cet instant, Estrosi tique : Nice est une ville de retraités. Avoir décidé de les armer pour se défendre est un choix risqué, longtemps discuté au conseil municipal. Paulette a allumé tout le monde, en plus du jeune on déplore dix victimes : sept vieux et trois caniches.)

Estrosi : «Putain les caniches, Bardot va nous emmerder !»

Bref, aujourd’hui, je suis totalement fan du bijoutier niçois, un de ses plus fervents supporteurs. Je souhaiterais aussi soutenir George Zimmerman, ce garde bénévole américain qui a descendu un jeune Noir. Le gars portait une capuche en pleine nuit, de quoi foutre la trouille à n’importe qui ! Savez-vous si George a un compte Facebook. J’aimerais lui envoyer un «j’aime».

Rédigé par Louise Mitchell

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