Le général Giap.

Publié le 4 Octobre 2013

​Ce valeureux guerrier vient de mourir. J'ai toujours dans ma bibliothèque ses textes rassemblés dans Récits de la résistance vietnamienne chez Maspéro. Il a signé quelques textes au nom évocateur: Le mouvement s'arme. La marche vers le sud. La Terreur blanche. Vers la lutte armée. Quelle poèsie...

 

Voici ce qu'écrivait Xavier Monthéard dans le Diplo en 2009.

 

Vo Nguyên Giap (né en 1911)

Et le stratège défit l’Amérique

De rien il fit une armée ; d’un affrontement local, un symbole universel de la résistance à l’iniquité. Il vainquit les Français à Diên Biên Phu en 1954, puis ébranla les Américains avec l’offensive du Têt de 1968. Un David triomphant de plusieurs Goliath : ainsi s’inscrit le général Vo Nguyên Giap dans l’histoire du Vietnam.

Giap naît le 25 août 1911, en Annam, protectorat de l’Indochine française. Sa famille l’imprègne d’une fierté rétive à la domination étrangère. Au lycée de Huê, la lecture du Procès de la colonisation française, de Hô Chi Minh, le bouleverse. La cupidité des colons, leur mépris pour les indigènes, leur brutalité provoquent en 1930 un vaste soulèvement, durement réprimé. Instruit par la prison, Giap mènera dès lors une double vie.

Il obtient son baccalauréat en 1934, devient professeur, se marie. Simultanément, il rejoint le Parti communiste, clandestin. Les fondations du Vietminh, une structure ouvrière et paysanne liée au Komintern, sont posées. Passé en Chine en 1940, Giap y reçoit bientôt l’ordre de former une armée de libération. Il a une trentaine d’années, son destin bascule. Désormais, trois décennies de combat — indépendance en septembre 1945, guerre française d’Indochine jusqu’en 1954, guerre américaine, victoire de 1975 — seront marquées par son génie militaire.

Sans formation académique, Giap peaufina le concept de « guerre du peuple » : une armée de partisans s’appuyant sur la population. Ses troupes surent se concilier les villageois par leur abnégation, contrastant avec les exactions françaises ou américaines. En contrepartie, les civils servaient de coolies ; ils permirent des prouesses de logistique. Qu’on songe aux difficultés du siège de Diên Biên Phu : il fallut, cinquante-cinq jours durant, par bicyclettes et radeaux, ravitailler en nourriture et en armements, sur d’abrupts sentiers de jungle, une armée écrasée sous les obus et le napalm...

Pour Giap, la guerre révolutionnaire comporte trois phases : la défense stratégique, la guérilla et la contre-offensive. Il excella dans les deux premières, se montra parfois impatient lors d’opérations de grande ampleur. Il sut toutefois retourner une défaite tactique, comme celle du Têt en 1968, en triomphe politique : l’opinion américaine bascula quand elle découvrit l’omniprésence des « Vietcongs ».

Confronté à une logique d’anéantissement, Giap développa une stratégie d’usure qui fit voler en éclats ce qu’il appelait le « mythe de l’insurpassable puissance des troupes américaines ». Selon son biographe, Cecil B. Currey, Giap fut « peut-être le seul génie militaire du XXe siècle et l’un des plus grands de tous les temps » pour « avoir déclenché une bataille contre ses ennemis à partir d’une situation de grave faiblesse, en commençant presque sans troupes, et capable pourtant de vaincre successivement les vestiges de l’empire japonais, les armées de la France, second empire colonial, et les Etats-Unis, l’une des deux superpuissances du monde ».

Xavier Monthéard

Rédigé par Louise Mitchell

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