Mon cher Ibben, régale toi de ce livre.

Ronald Creagh, Utopies américaines, Expériences libertaires du XIX à nos jours. Agone, collection Mémoires Sociales. 2009.

   Outre-atlantique aussi, les utopistes anarchistes ou socialistes ont été tentés par l’expérience du retour à la terre. Ronald Creagh, professeur émérite à l’université de Montpellier en avait déjà fait un livre en 1983. Cette réédition  le prolonge. Ce spécialiste de l’anarchisme remonte ainsi aux premières expériences de communautés au 19 éme siècle, comme celle de Skaneateles dans l’état de New York qui ne dura qu’une année et qui se voulait communiste mais dirigé par un homme, Collins, aux opinions anarchistes et religieuses. A cette époque moult communautés, certaines inspirées par le spiritisme ou le végétarisme, d’autres très en avance sur la défense de l’environnement vont naître et bien vite mourir. Ronald Creagh, très documenté, explore quelques-unes de ces utopies réalisées, avant que de revenir vers Thoreau, et sa désobéissance civique de nouveau à la mode, et Josiah Warren, oublié de l’histoire alors qu’il fut aussi un insoumis et un révolutionnaire pacifique important dans le  mouvement américain.

  Chronologiquement, l’auteur avance jusqu'à la naissance de l’anti-pédagogie et aux expériences de Ferrer. Le lecteur novice trouvera sûrement plus de liens avec sa propre histoire dans les Sixties qui virent une explosion inégalée de communautés sur le territoire nord américain : des milliers  d’entre-elles naissent et attirent des jeunes qui refusent la guerre du Viêt-Nam et la société de consommation. D’après Creagh, il n’ y aurait aucun lien entre l’économie et la création de ces micro-sociètés. Leur maintien serait dû à une recherche du consensus, une entente cordiale qui semble difficile à trouver. Le magazine Silence fait justement sa Une ce mois-ci sur le Consensus. Ronald Creagh ne donne pas de réponse sur la « réussite «  de ces expériences, «  se bornant à constater qu’ au sein même du mouvement anarchiste, certains n’auraient pour rien au monde quitté les villes.

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