Publié le 5 Juin 2014

L’école Nationale dans le 3ème arrondissement s’est déjà fait connaître pour du riz avarié servi par la Sodexho cet hiver. Depuis un mois c’est la question de la surcharge des effectifs qui est au centre de la mobilisation de cette école située chez les pauvres.

 

« A l ‘école de la Busserade, il y a certes des toilettes, mais ils sont pour adultes. » m’explique Lamia, une parent d’élèves en congé parental. C’est une école en Algeco comme le vante la société qui propose maintenant des écoles modulaires. Sa fille aurait du être à l‘école Pommier mais l’école déborde. « Comme la plupart des écoles marseillaises » analyse Mylène de Sud Education. Florimond Guimard qui tient le mégaphone ce matin devant l’école National, dans un des quartiers les plus pauvres de France, invite les familles à rendre visite à la direction de la vie scolaire. Les mères, elles, veulent voir Gaudin et traverser Marseille. Des classes surchargées, des écoles où s’entassent des mouflets, elles sont légion dans Marseille. L’hypercentre vomit ses enfants sur d’autres établissements tandis que le nord de Marseille vit déjà la situation du Burkina Faso : des Algecos sont en place depuis des années. L’école Eydoux à qui on envoie le surplus des Bergers et de Saint Savournin envoie ses petits à Loubière et le scénario se répète partout. Au sud dans les quartiers plus huppés, il n’y a pas non plus de constructions d’écoles confirme Marie Batoux du Front de gauche mais les habitants vont dans le privé. Il est vrai que certaines écoles confessionnels sont flambantes neuves. « Il y a un choix tourné vers le privé depuis Gaudin et une opacité des financements de la mairie » ajoute-elle.

L’école maternelle Strasbourg qui a été bloqué lundi dernier manque de tout : le personnel est défaillant, la cour trop petite et les enfants s’entassent dans les classes. « On est pas des sardines » clament les parents comprimés de cette école du 3éme.

Lamia raconte qu’à la Busserade afin de faire tenir tout le monde ensemble, on a rajouté une classe dans la salle polyvalente, comme à National ce que confirme un enseignant qui n’a plus assez de salives pour raconter toutes les difficultés de son école : « Trois enseignants sont en maladie et non remplacés. Le nombre d’enfants par classe atteint les 30, mais la mairie nous répond qu’on est dans la moyenne » L’école contient tant bien que mal 409 marmots alors qu’ils devraient être 250. Une situation pire que dans les prisons. Mme Casanova déléguée de la mairie aux écoles nie toujours son manque d’anticipation. La ville de Marseille n’aurait pas assez d’argent non plus pour passer à la semaine de 5 jours ; Benoit Hamon vient pourtant de proposer de passer l’aide de 90 euros par élève à 140…en ponctionnant la CAF des BDR. Il oublie que celle-ci est sous tutelle et se porte bien mal avec 62 000 dossiers en souffrance. Il est vrai qu’à Marseille on aime prendre son temps. La réforme des rythmes scolaires attendra bien Noël pour qu’on sache quoi faire en septembre. Et les enfants qui ne vont pas dans les piscines municipales auront largement le temps de se noyer vers les Terrasses du Port, où l’on vient d’achever un nouveau centre commercial.

 

« Il y a des jeux interdits » raconte Lamia car la cour est trop petite. « Quant à ma fille, elle fait ses besoins à la maison le midi. On pousse les murs » Dommage pour cette femme qui a toujours voté socialiste. L’ascenseur social est toujours en panne mais il est en réparation dans le privé. D’ailleurs la justice enquête actuellement sur une subvention

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Rédigé par Louise Mitchell

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Publié le 3 Juin 2014

A Nancy du 13 au 15 juin: http://www.150ans-premiere-internationale.org/

 

 

Premiere Internationale.

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Publié le 14 Mai 2014

De passage entre une ville du Sud Ouest et Piadena en Italie, les auteurs du mythique recueil se sont épanchés sur mon épaule.

 

Louise Mitchell interview Jean Louis Chautard, Pierre Bénichou et Marie Grospierre (Gérard – aphone - est excusé), qui sélectionnent et maquettent la suite du Karaoké Chorale « Carnet de chants politiques et d'amours ». La nouvelle édition est prévue au printemps. Pour cet évènement bientôt dans les bacs, nous n'avons pas lésiné sur l’escroquerie verbale et la fausse nouvelle.

 

Louise : Est ce que dans ce nouvel opus, Allez les Verts, chanson révolutionnaire du premier tome, a été remplacée par Allez les Rouges et Noirs ?

 

JL : Ca y est, ça commence : direct, une vanne sur les chants de stade ! Alors nous, niveau couleurs, va à la limite pour le rouge criard et le noir braillant. Mais de toute manière on n'a pas eu les droits pour les chants du stade Toulousain et du stade Rennais...

P: Pour aller droit au but de ta question (par les gradins), on mélange des chansons de variétés et d'avariétés, mais sur les hymnes de supporters, il faut bien reconnaître que de Tunis à Port Saïd, ils ont écrit quelques belles pages des révolutions ces dernières années, non ?

 

Louise : Quel est votre secret ?

 

JL : Je sais rien mais je dirai tout. Mais pour revenir à ta question précédente : tu disais "allez, les verres", ça veut dire que tu payes ta tournée ? (il appelle le serveur)

 

Louise : Quel est votre secret pour découvrir toutes ces perles de la chanson engagée, de Pelloutier à Pélissard, et du Père Duchène à l'Appel du Komiterm, une des chansons les plus tendres du recueil ?

 

M : Heureuse de voir qu'il y a encore des auditeurs sensibles à la tendresse de cette appel... C'est du lourd, quand même ! A la sortie du Karaoke Chorale, nous avons reçu beaucoup de propositions de chansons. C'était super au début, recevoir des CD, échanger des tubes, mais à la fin on a dû arrêter d'en ajouter, il aurait fallu l'imprimer sur papier bible...

JL : … alors que déjà tous nos chemins menaient au rhums...

P : Ca c'était nul comme blague, Jean Louis.

 

Louise : Quelle est la langue la plus utilisée dans ce taume Deux ? Connaissant vos goûts pour l'insurrection carabinée…le grec je parie…le farsi ?

 

JL : Si on parle autant du grand soir, c'est qu'on n'est pas du matin ! C'est sûr qu'on a du se farcir pas mal de chansons politiques, mais de là à choper une insurrection carabinée... c'est grave docteur ?

M : On n'a pas encore bouclé le menu. A vue de nez il y aura du grec, certes et beaucoup de chansons occitanes, mais also des langues plus rares, comme l'anglais.

 

Louise : « Consultez-vous vos amis d ‘Europe Alcoologie Les Verres pour établir le corpus ?

 

(Rires)

 

J-L : (Il se ressert, avec une paille cette fois)… Effectivement, nous sommes portés sur l'acoologie politique, mais nous pratiquons également la propagande par l'amphet'...

 

Louise : Vous avez particulièrement travaillé un aspect cette fois ? Les partitions ? Les dessins.

 

J-L : C'est que travailler, c'est trop dur. On a surtout testé la marchandise, c'est qu'une chanson, c'est pas comme de l'huile d'olive : à la première pression, c'est bien, mais ça ne donne le meilleur qu'à la 3eme ou 4eme.

M : En gros, on a donc remis tout ce qu'on pouvait à plus tard, et pour le reste on a fait des commissions.

P : Comme vous pouvez le constater, ça s'est donc fait tout seul.

 

 

L : Y a t-il un chapitre particulier pour la Commune, la chanson de prisonniers, la chanson bretonne ou Gersoise dont vous êtes friands ?

 

J-L (en pleine montée) : Pour aller danser dans le Gers.. ? Sur de la musique pop ? Non, je ne mange jamais de friand breton entre les repas.

P : Jean Louis est fatigué, je crois... Non, pas de chapitre particulier, mais on a gardé le principe d'un index supplémentaire, par thème. Il va sans dire qu'on a trouvé des pépites communardes (de l'or en barricade!) et des tubes de prisons (notamment L'hymme tes barreaux).

 

L : Dans le first album, vous commencez par 1er Mai, pourquoi, vous travaillez maintenant ? Vous dites aussi que votre carrière a démarré à Lille, racontez un peu…

 

P : Mais c'est une obsession cette histoire de travail ! Avec Jean-Louis et Gérard on sortait pas mal, à l'époque. On était moins chant polyphonique que concert « bière et punk ». Une fois, en allant a un concert des formidables René Binamé (attention, page de pub), la tuile !, panne d'essence : à trois sur un scooter, on a fini par brailler Boby Lapointe et les Bérus à la tierce... Puisqu'on vous le dit, la crise économique, c'est fantastique, la décadence, c'est la bonne ambiance ! "Au dessus de Lille il y a...tu sais bien

 

L : Tu termines le recueil précédent par Zog Nit Keynmol ?

 

P : Pas mieux cette fois, c'est l'implacable ordre alphabétique...

M : Ca nous allait bien de finir par un chant écrit pendant l'insurrection du ghetto de Varsovie, en 1943. Face à une armée, une poignée d'humains au pied du mur qui se disent que tant qu'à y passer... Ca nous causait assez..

 

Et dans le nouveau il y a quoi ?

(Ils ressortent le Karaoke Chorale, et lisent la présentation du premier tome) : Toujours « beaucoup de chants politiques et d'amours, parce qu'on voudrait bien mourir vivants. Mais aussi des airs marins, c'est bon pour les bronches, et des tristes, pour déchanter en chantant ; des chansons encagées pour en finir avec toutes les taules, des joyeuses pour la route et des teigneuses pour garder en tête l'aversion originale ; d'autres encore sur le travail, c'est qu'on a vite fait de perdre sa vie à la gagner. Enfin, des spécimens de “chansons sociales”, du wock'n woll, du médiéval, de la variétoche et du ska reggae, des valses - même des javas, les enfants !, tout ça en plein de langues étrangères, l'international c'est un genre ».

 

Louise: Et côté du PEL et des Sicav comment avez vous fait cette titrisation?

 

Jean Louis, goguenard: Cela n'a pas couté un kopec. ce fut sous forme de souscription: 15 000 exemplaires , c'est tout. A but non lucratif.

 

 

 

J-L : ...Comprenne qui pourrave...

P : Au final, ça donne un pavé, et les pavés ça peut toujours servir !

 

M : Mais il n'y aura pas de rap cette fois non plus, même si on en écoute beaucoup, Singe des rues par exemple (la pub, si t'en reveux y en re-n'a). Ca nous parle, mais leurs textes supportaient vraiment mal la reprise polyphonique...

 

 

Jeu: Retrouve la référence à Misère dans le 1er passage.

2/ Il y aurait selon les milieux autorisées des chansons en Tzotzil et en turc dans le nouvel opus. La chanson canadienne sera à l'honneur, dit on de source sure.

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Rédigé par Louise Mitchell

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Publié le 7 Mai 2014

Que nous disent deux publications récentes sur la situation de la Grèce? Le livre de Panagiotis Grigoriou et le film de Yannis Youlontas.

C’est à une archéologie du chaos que nous invite l’ethnologue Panagiotis Grigoriou, dépêché en Grèce sous le régime des Troikans, une version moderne des Colonels. La démocratie y a été abolie et le modèle économique libéral le plus extrême s’exprime ; « Il s’agit de faire de la Grèce un cobaye pour expérimenter le modèle de faillite contrôlée en Europe ». L’auteur y raconte depuis son blog Greek Crisis le quotidien des Grecs de la capitale mais aussi, au gré de ces excursions le lent suicide de ce pays depuis les îles ou encore de Trikala en Thessalie.

Nouvelle donne politique.

Les élections sous protectorat allemand n’ont rien changé. A chaque nouveau tour de scrutin, le pays subit les coupes budgétaires sensées le remettre d’aplomb. Une des conséquences des Mémorandums est toutefois le désaveu vertigineuxde la classe politique : Les députés du PASOK, les socialistes clientélistes qui ont gouverné le pays durant trente ans, sont hués dans tout le pays. Quand la police arrête un manifestant qui agresse un élu socialiste en Thessalie, le car est bloqué et la police obligée de libérer le fautif. A Rhodes en mars 2012, le personnel politique est conspué lors d’un défilé. Lucas Papademos (Nea Dimokratia) convoque un conseil des ministres pour éviter des débordements et militarise la fête nationale. Le ministre de l’économie reçoit un yaourt dans la figure en pleine réunion nationale du PASOK. Au fil des années de crise, l’apparition publique des élus de la collaboration européenne devient impossible. Entre Michel Rocard et l’extrême droite, la pression européenne se conjugue dans une solution : militariser ce pays ingouvernable.

Rares sont les élus qui finissent incarcérés, c’est pourtant le cas d’Akis Tsokhatzopoulos , un des fondateurs du Pasok, qui est en prison pour des malversations, justement avec des entreprises allemandes. Le journal satirique To Pontiki ( La souris) se fait l’écho de ce pourrissement de la démocratie.

Proche de Theodorakis ou de Manolis Glezos, des figures de Syriza, l’auteur raconte l’ascension du parti de la gauche radicale dans les élections et le focus porté sur Aube Dorée par les médias, les perroquets du système. En mai 2012 Syriza était arrivé en seconde position dans le pays et en première à Athènes, au Pirée et dans les grandes villes. Ce même parti se droitise d’après ses militants les plus à gauche, notamment à Salonique. Lors du troisième Mémorandum, (en latin, ce dont il faut se souvenir) des syrizistes du courant gauche et d’autres clients réfugiés politique dans un café sont tombés d’accord sur un point : « La lutte conventionnelle ne mène plus à rien. Nos députés et les autres du KKE devraient quitter le bâtiment et rejoindre la manifestation. » L’épouvantail de l’extrême droite est agité devant les yeux du peuple comme une injonction à accepter les diktats de l’Europe financière et malgré les applications drastiques de leur plans d’ajustement. L’extrême droite fait son lit de ce programme Eurosoft, comme un frère siamois de la politique décidée à Bruxelles, enfermant le peuple grec dans un milieu carcéral eurolandais comme l’écrit l’auteur.

Mise au pas des médias et révolte journalistique.

Panagiotis Grigoriou raconte avec précision les Mémorandums en décrivant les applications concrètes dans les profondeurs du pays de la politique bancocrate. There is no alternative semble répéter les élites politiques grecques. On découvre les envolées rageuses du journaliste de centre droit Georges Trangas qui a déposé une plainte pour génocide contre le peuple grec. » Eh salopards il n’y a aucune guerre civile, il y a 95 % de ce peuple qui rejette cette politique du pire, la pays n’est pas divisé, entrepreneurs, classe moyenne, ouvriers, militaires, secteur privé et public, tous détestent ce gouvernement, cela devient une affaire nationale, dépassant la lutte des classes…(Emission de Georges Trangas, REAL FM, Novembre 2011)

« Les sujets grecs réalisent du moins que les grands journalistes dépendent du tiers payant de la bancocratie. » quand ceux-ci expliquent que Samaras résiste à la Troïka. L’un d’eux, patron du journal Pro Thema est mis en examen pour blanchiment d’argent en décembre 2012. C’est ce que raconte Panagiotis Grigoriou le jour où Poul Thomsen, représentant du FMI est atteint par un jet d’œuf d’un retraité. Sur la blogosphère on regrette qu’il ne soit visé que par des œufs et non pas par des balles.

Les dirigeants de l’Europe semblent demander comme Joseph Goebbels en parlant de la guerre en 1943 , « Voulez vous la dette totale, ». Toute une propagande alternant promesses et menaces est distillée dans les médias. Ainsi, alors que toute démocratie a été abolie, To Vima, un journal pro gouvernemental évoque lors de la visite d’Angela Merkel, le prétendu putsch évité d’octobre 2011. Si vous ne voulez ni l’extrême droite ni l’armée, acceptez la dictature des marchés. Une belle aporie.

Fin 2012, les purges commencent dans les médias qui n’ont pas disparus puisque en 2013 la télévision grecque publique va être purement et simplement fermée. Pour avoir évoqué le climat policier lors de manifestations, ce sont trois journalistes qui seront limogés ; Kostas Vaxevanis sera mis en examen pour avoir publié la liste Lagarde quant à A. Khondroyannis , elle a été mise en examen pour avoir publié des photos à Corcyre montrant des policiers et des Aubedoriens côte à côte.

Dans le même temps, un cadre d’Aube Dorée se permettait de frapper à la télévision deux élues communistes avant de s’enfuir du plateau.

Troïkanocide, mendicité ou émigration.

Conséquence d’une impossible révolte, les suicides se développent avec celui du pharmacien retraité Dimitri Christoulas qui résonne dans tout le pays en avril 2012. Dans sa lettre il signe : « Je crois qu’un jour les jeunes sans avenir prendront les armes et iront pendre les traitres du peuple, sur la place Syntagma… »

Panagiotis Grigoriou souligne que c’est la rue qui aura été le vecteur essentiel de la portée de cette nouvelle. Un rassemblement gazé comme à son habitude amène son flot de paroles. « Un vieil homme que j’ai rencontré sur la place vers 21 heures alors très ému les larmes aux yeux, s’est adressé ainsi à un groupe de jeunes : « Pour une révolution, il faut du sang, prenez les armes et tuez-les. »

On voit que toute pondération de la parole s’est évaporée sous les coups de la Troïka. Une Parrhésia - obligation de dire franchement ce que l’on pense des affaires publiques- dont l’auteur pense qu’elle est loin de la Grèce actuelle. Pourtant un ami dentiste de notre bloggeur émet des doutes : « Je ne sais pas. Les gens sont en colère, certes, mais ils restent assez immobiles, c’est sous le couvercle que l’ébullition continue. » Les gens se débranchent d’ailleurs des médias, « C’est un acte de survie psychologique » afin d’échapper à cette stratégie du choc.

On aurait pu penser que les syndicalistes résisteraient mieux au choc. Pourtant Savas Metoikidis s’est suicidé pour protester contre la dictature des marchés. Encore une victime par troïkanocide. La mendicité endémique devient frappante. Ces paliers humains font qu’un mendiant disparaît devant l’image des derniers grévistes de la Poste protestant contre la vente de l’entreprise. Pour d’autres, c’est de nouveau l’émigration et parfois vers l’Allemagne, le responsable affiché de la crise économique.

Une des conséquences immédiates du Mémorandum a été de faire sauter les conventions collectives. Dés le 18 avril 2012, l’Union patronale grecque a dénoncé toutes les conventions. A chacun et à ceux qui ont encore un emploi de tout renégocier. Les mesures prises au pas de charge sont une régression sans pareille. Dernière demande des Troïkans en octobre 2012 : Le passage aux six jours travaillés par semaine sans augmentation de salaire, la suppression des indemnités de licenciement, la suppression de toutes les allocations sociales restantes et licenciement immédiat de 15 000 agents de la fonction publique…un rêve de MEDEF. « Une punition exemplaire à la Grèce » comme le rapporte cet ancien fonctionnaire du FMI, Panagiotis Roumeliotis.

L’écriture subtile raconte la mort d’Antigone, une jolie jeune femme de la région de Volos, morte de l’explosion de son chauffe eau pour avoir tenté de sauver ses économies. Dans les derniers mois de 2011, un demi-million de personnes ont été licenciées. Les départements ont été abolis et les communes regroupées. Les fonctionnaires territoriaux ont perdus de 40 à 50% de leur salaire.Le fuel devenu trop cher, les poêles à buches voient leurs ventes grimper.

Jamais les Grecs n’auront autant manifesté que depuis trois ans. En septembre 2012 ce sont les policiers qui vont s’y mettre. Pourtant c’était bien la seule catégorie épargnée par la diminution des salaires.

La France a inventé la ZAD*, la Grèce elle, subi la ZOP, la Zone d’occupation prioritaire.

L’humour tragique affleure au fil des pages. Il faut bien se défendre d’autant de malheurs. Au sujet des Météores, un site historique bien connu des visiteurs de la Grèce, l’auteur écrit « Je propose que ce site soit aussi classé Patrimoine mondial du FMI » Panagiotis Grigoriou analyse in fine qu’en 2012, le temps électoral aura mobilisé la population, sans aucun débouché politique.

Résistances et alternatives.

On peut tabler sur le fait qu’en 2013, les alternatives se sont encore développées à travers le pays : magasins gratuits, dispensaires à prix libres, assemblées populaires, et autogestion des entreprises. Nécessité oblige.

Ce point de vue est développé dans le film de Yannis Youlountas, réalisé à partir de décembre 2012. Centré sur les alternatives au capitalisme, le réalisateur nous entraine dans un dispensaire médical gratuit à Athènes, et dans des centres sociaux gérés collectivement par le mouvement anarchiste. Syriza a un rôle central dans ce développement. Les chaînes rouges et noires de manifestants entourés de policiers, les affiches anarchistes contre les popes en 4X4, le film présente un parti pris volontariste . Pourtant la variété des exemples donne à penser à une mutation de la société grecque. Le refus du projet de mine d’or de la société Eldorado Gold en Chalcidique se traduit par des barrages sur les routes, un commissariat incendié et une population très décidée contre cette destruction écologique. Sans jamais les citer, les images parlent d’elles–mêmes : Cantine sociale, entreprise Vio-Me récupérée par ces employés avec l’appui des réseaux libertaires, agence de presse DOC 4 Life. Yannis Youlountas alterne les images de rues avec des affrontements policiers, les mendiants qui dorment dans la rue, voulant montrer les résistances au diktat. La pauvreté est palpable : chômeurs lisant les journaux au kiosque, supermarchés fermés, panneaux publicitaires vides, et les bureaux Olympic Airways dévastés : un rêve de décroissance mais forcée.

Certes, les amis anarchistes de Yannis Youlountas ont une analyse circonstanciée de la crise mais s'ils sont porteurs d’un projet global, il n’en reste pas moins difficile à mettre en œuvre. A Exarcheia, les centres sociaux, magasins gratuits et dispensaires témoignent d’une résistance forte mais contenue. Au moins luttent-ils avec efficacité contre le fascisme comme cette démonstration motorisée dans le quartier de Kipseli où Aube Dorée agresse les immigrés. A travers des photos, le film se précise dans le livre, s’immisce dans le quartier rebelle d’Athènes. On revient sur la mort Alexis en 2008, un jeune tué par la police, qui provoqua des nuits d’émeute. La Grèce est dans le mur comme les portraits du pharmacien suicidé, Dimitris Christoulas. Les femmes sont en première ligne de cette nouvelle souffrance et certaines sont contraintes à la prostitution. Le film est pourtant trop tourné vers le microcosme anarchiste grec qui serait porteur d'une révolution parce qu'il a mis ça et là des alternatives à la crise. Une hirondelle ne fait pas le printemps.

Les auteurs se sont attachés à montrer la rue, les rideaux de fer tombés sur les magasins, « Un rideau de fer qui n’est plus au nord de la Grèce mais partout dans les rues. »

Panagiotis Grigoriou, La Grèce fantôme, voyage au bout de la crise (2010-2013), Fayard, Paris, 480 pages, 22 euros.

Yannis Youlountas, Ne Vivons plus comme des esclaves, DVD, 1h 29min, sept 2013, Gratuit sur internet.

Maud et Yannis Youlountas, Exarcheia la noire, les Editions libertaires, Paris, 2013, 14 euros. (Pas de nombre de pages…)

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Rédigé par Louise Mitchell

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Publié le 6 Mai 2014

Dans mon carré de jardin, il y a un immeuble dont les fenêtres les plus hautes sont habitées par une famille. Dans cette famille une petite fille de sept ans tout au plus, apparait certains soirs vers huit heures et crie: "Y a quelqu'un?" "Y a quelqu'un?" Est-ce qu'elle veut dire qu'il n'y a personne chez elle? Qu'il n'y a aucune personne qui vive avec elle? Que sa famille ne fait pas partie des personnes, au sens de personnalité comme dans l'expression: Ca, c'est quelqu'un!" C'est à ça que je pense tant aujourd'hui les gens ne sont plus personne, n'ont plus de personnalité, tant ils ressemblent à des caricatures des modèles proposés. C'est valable dans la geste, dans le corps comme dans les opinions qui n'en sont plus tant elles véhiculent un discours dominant. Reste une petite fille qui dans ce monde abruti d'adultes déboussolés demande: "Y a quelqu'un?

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Publié le 24 Avril 2014

C'est le tweet de Mélenchon à propos de la visite de F. Hollande à Carmaux pour le centenaire de Jaurés. Une version moderne de J'irais cracher sur vos tombes.

Un président aux abois, c'est sur cette vidéo. "Vous tenez pas vos promesses...

et on tuera tous les affreux c'est pour quand?

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Publié le 16 Avril 2014

CQFD Spécial CGT: Encore plus fort avec toutes ces pages pour carnavaler sans la CGT police ni autorisation, avé le sujet sur la CGT du Havre, la CGT de Paris, la CGT Uruguayenne, et la CGT d'Enric Duran à Barcelone...en kiosque et surtout en tabonnant!

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Publié le 13 Avril 2014

Des gants dans les camps.

« On paye dans la vie les coups qu’on a mis sur le ring. » L’anecdote est d’Eddy Vaccaro, auteur de Young, un récit sous forme de bande dessinée autour de ce boxeur tunisien mort à Auschwitz. Ce matin au petit Nice après que Richard Caramanolis, ancien champion de France mi-lourds ait lancé à Eddy : « Je l’ai lu ton bouquin : Wahou… » nous retraçons ensemble cet épisode méconnu de la Shoah que fut la boxe à Auschwitz.

Young évoque l’histoire de Victor Young Perez, juif tunisien devenu champion de France de boxe en 1931 et qui périt en 1944 dans le camp d’Auschwitz. Le scénario d’Aurélien Ducoudray s’est inspiré de la biographie de André Nahum, Quatre boules de cuir… et de Si c’est un homme de Primo Levi.

Si les auteurs s’étaient déjà penchés avec succès sur le monde de la boxe avec Championzé, il a fallu s’accommoder d’un monde dont peu sont revenus pour raconter. Et encore moins d’entre eux ont pu raconté ce que fut la boxe dans les camps.

Pour prendre langue il faut déjà s’imaginer que ce sport populaire était le sport roi de cette époque. Des milliers de supporters pouvaient suivre un match sans avoir une image devant eux. Et sans radio non plus. Un boxeur au début du siècle précédent, c’est un gladiateur des temps modernes, un Achille, un héros comme se voyait encore Mike Tyson en 1983. Un boxeur c’est autre chose qu’une machine entre les mains d’un bookmaker qui te lance dans des smokers pour gagner des dollars. « Cus( D’Amato) affirmait que la puissance d’un coup n’était pas une question de physique mais de mental. » Si pour Tyson la fière histoire commençait avec Jack Johnson, un frère noir, pour Young Perez elle s’ancrait dans celles des lutteurs des colonies. Après avoir quitté la Tunisie et son quartier pauvre Young Perez se rend à Marseille puis conquiert son titre à Paris. Il se battit en 1938 en Allemagne pendant la nuit de Cristal où des centaines de synagogues brulèrent et des milliers de magasins juifs furent incendiés dans toute l’Allemagne. Ces prémices à l’internement des juifs ne porta pas chance à Young. Il perdit son combat.

Quelques années plus tard, dénoncé, Young rejoindra les juifs d’Allemagne dans les camps mais ce qui le sauva pour un temps fut la boxe. En effet, un officier allemand nommé Heinrich Schwartz, « un cinglé de boxe » monte une équipe de boxe. « Tous les dimanches sur la place d’appel les nazis cherchaient des boxeurs dans les convois. » L’équipe est confiée à un Kapo , champion mi lourd, Kurt Matagans qui va recruter dans chaque chargement les boxeurs destinés à distraire les soldats allemands.

Young devient boxeur à Auschwitz et survit car les sportifs ont droit à une soupe améliorée. Comme le raconte Noah Klieger, «c’était une soupe convenable, celle que mangeait les allemands. » Les autres ont droit à un liquide noir, un petit cube noir et de la margarine synthétique le matin et du rutabaga gelé dont la puanteur est affreuse : de l ‘eau chaude jaune et puante. Noah Klieger et comme Hertzo Haft, le protagoniste du Boxeur, juif, mais tous deux ne sont pas des boxeurs. Plutôt des jeunes gens dont la mort ne veut pas et qui pour sauver leur peau, porteront les gants à Auschwitz.

Le manager leur explique que s’ils ont menti, ils seront envoyé à la mort. Ils doivent alors passer une épreuve et faire du shadow boxing. Noah a 16 ans et lève la main pour passer le test. Il le réussit. Car il a vu Young sur le ring et l’imite. Ce dernier a 20 ans, « un grand ami. » D’ailleurs Young disait : « Pour les copains, il faut tout faire… » Noah raconte aussi qu’un autre s’approche, Jacko Razon , le champion de boxe de Salonique. Il va amortir ses coups sur le ring. Noah n’a jamais gagné de match mais il a survécut. Young qui l’a sauvé en distribuant de la soupe, sera éliminé dans les derniers jours du camp.

Young, Tunis 1911-Auchwitz 1945, Eddy Vaccaro, Aurélien Ducoudray, Futuropolis, Paris, 2013, 126 pages, 20 euros.

Young ou comment boxer dans les camps de la mort.
Young ou comment boxer dans les camps de la mort.
Young ou comment boxer dans les camps de la mort.
Young ou comment boxer dans les camps de la mort.
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Publié le 11 Avril 2014

Bienvenue à Hénin-Beaumont. Reportage sur un laboratoire du Front National, Haydée Sabéran, La découverte, Paris, 2014, 15 euros.

 

« Si le FN ne réussit pas, je me reconvertis dans le communisme » raconte Catherine à la journaliste de Libération pour Lille. Catherine est l’ex-amie de Farid, délégué CGT de Metaleurop. Elle votait Front National en secret. C’est dire la perte de repères dont sont victimes les habitants d’Hénin-Beaumont, cette commune du Nord Pas de Calais où le Front National fait ses meilleurs scores. Haydée Sabéran a labouré ce terrain décrivant la lente érosion du Parti Communiste : « A partir de la barrière c’était que des mineurs, donc des communistes ; » les errements d’un P.S tout puissant dans ce pays de mines ; et le travail de fourmi du F.N. Steve Briois, son candidat élu à la mairie depuis 20 ans, a changé la thématique principale du parti d’extrême droite qui est passé de l’immigration au social. « Marine Le Pen ne déclarait-elle pas : « Hénin-Beaumont c’est le symbole de l’abandon de la classe ouvrière par la gauche. » A ceci prés que cette enquête montre que la droite a autant fourni de troupes au F.N que la gauche. Dans cette commune de 27 000 habitants, il est devenu « banal, omniprésent, tranquille. »

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Rédigé par Louise Mitchell

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Publié le 9 Avril 2014

Il fut un temps ou l’Allier tenait la dragée haute au mouvement révolutionnaire. Il fut un temps où le socialisme se proposait le bonheur et l’émancipation des classes laborieuses, et non pas la gestion capitaliste de l’économie. C’était le temps de la conférence des conseils municipaux socialistes à Montluçon en 1898. Dans cette série d’articles de la révolutionnaire allemande Rosa Luxemburg, on est surpris de l’intérêt qu’elle peut porter à de pareils événements. Il faut rappeler que nous sommes alors vingt ans à peine après la défaite de la Commune de Paris. Ce congrès demande alors la journée de huit heures et un jour de repos hebdomadaire. Rosa Luxemburg raconte que c’est à Roanne en mai 1896 qu’ont été élu des socialistes marxistes. Et qu’ont-ils fait ? Des cantines scolaires, un service gratuit de soins et d’assistance médicale ; le conseil municipal a consacré 75 000 francs pour les chômeurs, augmenté les pensions des invalides, fondé une caisse de retraite pour les employés municipaux. Les premiers enfants sont partis en vacances ! Pas de Play station par contre pour les fils de purotins ?

 

 

A Montlucon le conseil municipal a usé d’un droit de coutume facultatif permettant par conséquent aux femmes de voter sur les décisions communales. Rosa Luxemburg fait donc état de ses activités subversives dans le centre de la France. Cependant l’ouvrage présent ne traite pas seulement de notre petit coin de bocage, mais de l’affaire Dreyfus, de la CGT alors anarchiste et de la participation d’un socialiste à un gouvernement bourgeois. Car la grande question de l’époque est de participer ou non aux gouvernements capitalistes. Pour les socialistes européens qui comprennent la gauche radicale actuelle on peut penser que le sujet est tranché.

 

Rosa Luxemburg, Le socialisme en France, Ed. Agone/Smolny, Marseille, 2013, 297 p, 22 euros.

Jardins du Luxembourg

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Rédigé par Louise Mitchell

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