Air, eau et Feu.
Publié le 12 Février 2018
La lutte contre l’aéroport de Notre Dame des Landes est gagnée. Combat vieux de 50 ans, il a vu l’alliance d’agriculteurs, d’écolos et de résistants de tous poils à une artificialisation de 1650 hectares de terres pour la construction d’un aéroport. On peut justement ces dernières semaines s’interroger sur cette eau qui ne peut plus passer à travers bitume et ciment. A chaque inondation, on pose la question et puis on passe, on indemnise. Et puis on trinque.
C’est à l’occasion d’un camp climat que se sont accrochés à la boue de la Loire Atlantique une nouvelle génération d’opposants. Ils détournent le terme de ZAD et comme chaque époque à besoin de nouveaux mots obus, la zone d’aménagement devient une zone à défendre. Belle astuce. En dix ans elle va devenir un emblème. Les zad vont fleurir, être portés en étendard, en repoussoir. Jusqu'à celle de Sivens ou l’état exécute Rémi Fraisse. Ca faisait longtemps qu’un militant n’était pas tombé sous les balles de la police. Elle n’avait pas chômé dans les quartiers pauvres, exécutant ici un noir, là un arabe, parfois un gitan pour ne pas perdre la main, enfin à notre surprise, un paysan récemment en Saône et Loire.
On l’a compris, ce qui n’est pas tombé comme Babylone, c’est le monde qui entoure cette ZAD, c’est la destruction programmée des écosystèmes, c’est la poursuite en avant de la sainte croissance fusse -t-elle de Nutella et d’iPhone, c’est cette longue guerre menée aux femmes, à leurs corps et à leur liberté, c’est la guerre à outrance dans toutes les régions du monde où se trouvent pétrole ou minerais rares, c’est cette propagande infecte jusqu’à la vomissure contre les autres, les étrangers du monde, ce sont les préjugés répétés à l’envie par des journalistes aux ordres sur les barbares, noirs donc fainéants, albanais et voleurs, arabes par conséquent tueurs, femmes alors serviles. Étonnamment parfois, on entend une parole inédite, un ancien ministre italien rappelant que les 90% des étrangers présents sur notre sol étaient arrivés en Europe avec des visas touristiques et en avion.[1] Oui, on était envahis et par l’avion ! Fichtre, ce n’était pas les images des camps, des rafiots mourant en méditerranée qu’il nous fallait regarder, mais tous ces étrangers dans nos sous sols, dans nos maisons dans nos écoles. Ils sont partout et depuis si longtemps. Ils sont nous et nous sommes eux. Le monde est métissé depuis si longtemps. Le bateau dérivant bourré jusqu'à la gueule de migrants inquiète, l’avion rassure. L’un concerne les plus pauvres, l’autre ceux qui ont eu la maigre chance de prendre un ticket avec visa. Les indésirables, eux, repartent par les airs. L’eau ou l’air, il faut bien choisir.
Pour sauver la terre et nos vies, il est probable que c’est par un feu grégeois que nous y parviendrons, un feu de carnaval, un feu où l’on s’assoie avant de repartir au combat dans un bocage ou dans un présidio du Val de Suza, et combien encore de foyers de résistances autour du monde.
[1] « On sait pourtant que 90 % des migrants illégaux sont arrivés en Europe par avion, avec des visas touristiques. Mais ce qui crée l’émotion, ce sont les migrants qui débarquent sur nos côtes après avoir traversé la mer. Le bateau donne cette impression d’invasion. » ( Enrico Letta, Interview dans Libération le 22 janvier 2018.)
http://www.liberation.fr/planete/2018/01/22/enrico-letta-sur-la-question-migratoire-l-esprit-europeen-n-existe-pas_1624432