Tous prophètes ( Théâtre à Marseille)

Publié le 23 Avril 2018

Tous prophètes de Khalil Gibran au Théâtre de la Mer. Mise en scène : Frédérique Fuzibet.

 

« La vie sans révolte est comme les saisons sans printemps, la révolte sans justice est comme le printemps sans fleur, »  déclame le fantôme chez Khalil Gibran. Un après midi de décembre 2017, c’est un comédien syrien échappé de son pays en ruine qui le dit dans un grand cercle blanc. Dispositif efficace ou un public fait face à l’autre et qui peut demander : Que faites vous depuis le début de cette guerre atroce d’un tyran contre un peuple ? Une musique électro ouvre le passage à quatre comédiens. L’un d’eux porte l’autre dans le cercle. En piste. Ils dansent avec les mains vers le ciel.  Ils parlent de la longue chaine de l’esclavage humain : «  L’ouvrier esclave du commerçant. Le commerçant esclave du militaire. Le militaire esclave du gouverneur… » C’est la particularité du théâtre que de donner à des mots une force que le texte écrit ne saurait rendre. La voix conte.  Les mots s’enchainent entre diction facile de locuteurs français et parole moins aisée de jeunes syriens. Ils viennent d’arriver et ont appris leur texte en quatre semaines. Un exploit.

Parce ce que Khalil Gibran était libanais mais écrivait en anglais, lui même ayant migré enfant à Boston, les voix plurielles chassent l’exil vers son retour. Ils espèrent cette r-immigration.  Ils pourchassent les concepts de Glissant par la permanence des idées d’exil et d’esclavage. «  Partout, j’ai vu le nourrisson tétant l’esclavage avec la lait de sa mère. Et les enfants apprendre la résignation en même temps que l’alphabet. Et les femmes allongées dans le lit conjugal matelassé de soumission et d’avilissement.» Antoine Mahaut., danseur venu de la compagnie Ici Même, s’enroule et craint une lanterne descendue du ciel comme un astre lumineux étouffe celui qui s’approche de la source. 

On esquisse la danse contact, on se frôle, on vit : «  Quand tu vois les gens qui courbent le dos, » c’est qu’ils sont morts. C’est le fossoyeur qui parle au poète. Une lecture dansée s’interrompt pour un magnifique solo ou la comédienne donne tout ce qu’elle posséde aux étoiles. On entend Fairouz. Les 35 heures ont du bon pour nous dans la salle. L’amour et Dieu sont encore au cœur de la pièce avec cette mesure de la relation dans la distance. Dieu dont Gibran dit durement à ses disciples qu’ils ne font que s’adorer eux mêmes. Il distribue des leçons à chacun et grâce à nos comédiens en couleur,  elles se distillent en nous sans nous heurter, elles passent dans le filtre de leurs corps et de leur voix.  Elles nous prennent par la main.

 

Dates : 7 représentations en novembre et décembre 2017 qui ont fait complet.

http://www.letheatredelamer.fr/portfolio/tous-prophetes/

Rédigé par Louise Mitchell

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