Le casque et la thune.

Publié le 2 Juin 2019

Chronique littéraire où je tente de te fourguer 10 bouquins pour le mois de juin.

 

 

Mona Chollet m’avait un tantinet gonflé lors des premières apparitions des Gilets Jaunes en twettant sur ces fachos qui n’aimaient pas les migrants. Elle n’avait retenu que ce que nous servaient les médias dominants, elle qui n’est pas de la première pluie sur le sujet. Du coup, fâché comme un lama, j’avais boycotté Sorcières son dernier livre. Et puis le livre s’est pointé quand même chez moi. "Toutes les hystériques l’ont acheté." La mienne aussi.  Au demeurant, c’est un bon bouquin sur la condition féminine, un tour d’horizon historique ou Mona Cholet  livre aussi ses interrogations sur  le sujet en convoquant sa propre expérience. La puissance invaincue des femmes a rencontré celle des Gilets jaunes.

Même éditeur que la sorcière, Zones, qui sort Sex Friends, un essai sur la sexualité au temps du numérique.  Richard Mémenteau, philosophe y raconte ses plans culs ou ceux des gays, retourne au temps du Sida triomphant, et décrit les nouvelles relations sur site internet. Que la philosophie peut être poilante. On file au plumard avec ce gaydar «  radar gay » sans se faire géolocaliser.

 

Ne pas bouder son plaisir avec l’humour  d’ Alessandro Pignocchi qui fait parler les oiseaux et avouer aux costarisés qu’ils ont envie de se foutre à poil au milieu  d’une rivière. L’auteur image des dialogues anthropologiques  où son personnage étudie l’homme du café du commerce comme le politicien.  Cosmologie du futur vaut autant que son Petit traité de « déconologie » sauvage. Sérieux s’abstenir. C’est au delà.

Francois Tallandier est auvergnat mais se soigne. Dans son dernier roman,  où j’ai eu peur de m’ennuyer comme un touriste américain face aux usines Michelin de Clermont Ferrand, surgit un paragraphe de vainqueur. « Monsieur Gribier était un sale connard. » Chapitre VII, il raconte son enfance, lui, poulbot de 7ans humilié par ce professeur de Gymnastique. Et il se venge en quelques pages sublimes. Francois, roman. Un genre de Toinou  allégé. Un récit autobiographique sincère et libre sur ce que doit être sa vie.

 

La lettre  de Paul Ariés sur les mangeurs de viande qui souhaitent le rester sans culpabiliser est trop indigeste pour convaincre. Mon cher Paul, malgré tes recherches et arguments, j’y ai trouvé beaucoup de bile sur un sujet travaillé.  Allez reprends un peu de tête de veau au tofu.

Philippe Artières déroute avec son bouquin sur les accidents de voiture. Artiéres, c’est deux bouquins sur la taule,   Attica ou la révolte de Nancy, un  gout pour le crime et l’écriture, bref un auteur qui explore tout autour de lui des pistes ou des carambolages. «  Des routes, Accrochage » est déroutant même si je me suis perdu entre manuels automobiles et coupures de presse. L’accident du 31 Juillet 1982  est central. Des enfants brulés vifs dans un bus. Il m’est avis que Philippe nous cache quelque chose dans un virage, loin de cet accident paternel.

Le documentaire sur les ronds points de Pierre Goestchel sorti en 2010 est central quand on sait comment ils ont pris une place centrale récemment.

Heureux  celui qui lira Pwofitasyon de Pierre Odin car il verra que pendant la longue grève du LKP en Guadeloupe en 2009, ces monuments servaient déjà de point de blocage. Entretiens avec des syndicalistes de tous bords mais tous contre la France coloniale,  témoignages sur Elie Domota et la construction de l’unité. Que demandaient les combattants alors : l’unité. Pas compliqué «  La gwadloup  sé tan nou, la gwadloup sé pas ta yo » ce sont les exploités martiniquais et guadeloupéens  ensemble.

La guerre des pauvres d’Eric Vuillard m’a ennuyé.  Livre annonciateur des Gilets Jaunes parce qu’il parle de Muntzer. Pas convainquant, Relisez l’incendie Millénariste.

Puisqu’on parle Gilets jaunes pour une fois, la revue Utopiques de Solidaires, qui consacre son numéro de printemps à l’autogestion, livre deux témoignages de militantes Solidaires de Besancon. C’est court, c’est fin en bouche, c’est « chaune. » comme le vin là bas. C’est un peu moins exalté que l’ultragauche accusant l’ultragauche, « gênée par l’impureté du mouvement » dans lundimatin papier. Certes il y a une très belle photo de Patxi Beltaiz à Marseille mais ca ne sauve pas tout le numéro. Hé non !

Fouchtra, L’Insomniaque ne reculant devant aucune bassesse vient de m’offrir Aouh aouh…  leur bouquin sur les Gilets jaunes avec des dos partout où ksé qu’ils ont écrit par exemple : « Ils ont la police, on a la peau dure » En vente au Fouquet’s.

Rédigé par Louise Mitchell

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