Le grand cirque éléctoral.

Publié le 15 Février 2020

Le grand cirque électoral. Une histoire visuelle des élections et de leurs contestations. Zvonimir Novak. L’échappée. Paris, 2019, 240 pages, 29 euros.

 

 Une lithographie de Daumier proclame dans la bouche d’un ouvrier tenant un bulletin de vote : «  Vl’a ma cartouche ». C’est à un poète romantique que nous devons le suffrage universel. Uniquement masculin et réservé à quelque 7, 830000 électeurs, le vote non censitaire est promulgué en1848 afin de faire face aux  insurrections trop courantes au 19éme siècle.  Que diable, depuis la révolution française, au moindre désaccord on prenait une barricade, rassemblait quelques pavés et au détour d’un enterrement, on mettait à feu et à sang Paris et on changeait de tyran. Alphonse de Lamartine instaure donc ce scrutin après les journées de 1848 et comble de malchance perdra les élections la même année. La désillusion ne tardera pas pour ses nouveaux électeurs. Entre pamphlets et affiches électorales, la bataille fait rage. Octave Mirbeau, polémiste et écrivain de renom publie dans le Figaro, La Grève des Electeurs inventant les figures du pêcheur à la ligne et du troupeau qu’on mène à l’abattoir. Figures toujours valables jusqu’aux récentes élections espagnoles où changement d’époque, l’on s’invite à boire des bières plutôt qu’a voter.  L’élection devait libérer le citoyen. Lui ne voit son intérêt et son plaisir que dans le temps libre. Des débuts des nouvelles campagnes électorales en France naitront des foires d’empoigne et notamment une nouvelle délinquance, qui n’est plus tolérée de nos jours : l’affichage sauvage.  Au 20éme siècle des artistes maquilleront les visages sur les panneaux électoraux. L’isoloir, lui, mettra du temps à s’imposer. L’affaire du vol des quinze mille donnera l’occasion à Jules Grandjouan, l’un des plus talentueux dessinateurs du siècle de montrer ou mène cette soi disant avancée sociale.

Cette histoire visuelle explore aussi grâce au fond d’images de Zvonimir Novak, professeur d’arts plastiques, les nécessaires attributs du candidat : Au 19éme siècle, il fallait être au poil prés, la barbe ou la moustache étaient requises. Puis cesser d’en avoir comme Thorez. Enfin porter cravate et costume. Puis, en mars 1986, tomber la veste avec Jacques Chirac, Jacques Toubon et Alain  Devaquet pour le RPR. Le malheureux ne s’en remettra pas en décembre 86. Les publicitaires lanceront des modes nées dans la copocléphilie ; on trouvait alors un porte clé Mitterrand  ou Lecanuet, surnommé en passant « Dents Blanches et haleine fraiche » Car tout passe par l’iconographie. Napoléon appelé Boustrapa ( Boulogne, Strasbourg et Paris) en raison de ces trois tentatives de coups d’état, Hippolyte Ducos dit « Touche mains » quand il eut compris le besoin chez l’électeur du contact manuel.  Les images gardent la mémoire. Une affiche d’Anne Mansour et Jean Beltrani est composée comme une couverture  de Voici. Prémonitoire quand on sait ce qui se passa avec DSK par la suite. Que dire du Mouvement réformateur de JJSS, «  Kennedillon » en 1973 dont le slogan est un écho aux bouleversements de l’époque et au chahut post soixante-huitard: « Le changement dans le calme. » Ou du « Je Kiffe Sarko en 2017 » le candidat de la droite misant sur la jeunesse.

En 73 en Meurthe et Moselle, ca cogne entre centristes, imitant les querelles de 1925 entre radicaux socialistes à Montmorency.

Hormis tous ceux qui courent à l’échalote dans des camps opposés, il y a le peuple anarchiste qui joue les troubles fêtes ; En 1920, la commune libre de Montmartre en proie au changement du quartier   voit s’affronter des listes émérites : La liste cubiste avec Picasso, Jacob et  Cocteau affronte celle des dadaistes avec Tzara, Breton et Picabia : «  A dada, dada hue » mais c’est la liste antigrattecieliste avec Jules Depaquit soutenus par le dessinateur Poulbot ou Suzanne Valodon, artiste peintre, qui est élu avec 58 000 voix.  Un vent libertaire ne cesse de souffler sur le butte depuis 1871. Depaquit  avait créé la foire aux croutes, relancé la Vachalcade, un cortège carnavalesque pour aider les artistes nécessiteux et le critérium des vieux jetons. A deux pas, à la Goutte d’or, en 1910, Fénelon Héjo, Roi honoraire du Congo,  propose dans l’intérêt de la tranquillité publique un programme audacieux que ne renierait pas notre MEDEF actuel : « Extinction de la pauvreté après huit du soir » tandis qu’à Montmartre on discute de trottoirs roulants pour se rendre d’un bistrot à l’autre. C’est dans ce quartier que s’ouvrent cabarets et salles où s’affrontent les programmes les plus loufoques. Aristide Bruant fait placarder une affiche-chanson programmatique. A toute époque naitront des candidatures anti système comme celle de Coluche ou des propositions d’abstention plus ou moins sérieuses. Pierre Dac lancera en 1965 le MOU, le Mouvement Ondulatoire Unifié. Zoe D’Axa présente aux législatives de 1898 un âne blanc baptisé NUL. Le bourricot est hissé sur une charrette et promené avec le slogan «  Votez hi Votez Han, votez hihan. » La police intervient et ca tourne à l’émeute. 1908, Aubertine Auclert renverse dans une section de vote une urne pour dénoncer l’interdiction du vote des femmes.

Enfin ce livre richement illustré ouvre un chapitre sur les girouettes. Ceux qui retournent leur vestes toujours du bon coté, comme l’écrivait Jacques Lanzmann dans l’opportuniste : Armand Fallières, Jacques Chirac, Jean Pierre Soisson ou Mitterrand, ils sont tant à changer de partis, jusqu’aux macron-compatibles d’aujourd’hui.

Rédigé par Louise Mitchell

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