Cantonales.
Publié le 21 Mars 2011
Dimanche à la campagne.
Si le soleil est là, la fête foraine bat son plein, s’il pleut c’est pareil. Tout le monde est là,
sauf les riches, qui ont mieux à faire avec leurs rejetons. Tout le monde veut être là parce la fête foraine c’est le meilleur moyen de liquider son salaire salement gagné toute la semaine, à
équarrir des bœufs pour l’un, à faire des sandows avec du câble plastique pour l’autre. Pour les jeunes des campagnes, c’est différent ; il faut y être car demain il va falloir dire :
j’y étais. Qu’on soit dans la déche ou pas. Alors se promènent des groupes de filles de quinze ans qui se paient un tour de Starshoter en hurlant si
possible, et en agitant les bras au maximum. Le forain, lui est effondré dans sa cahute et de temps en temps, il hurle dans le micro :
« On y, va, on en redemande, on s’amuse » qu’il est très difficile de comprendre. A
côté sa famille, avec le petit de quatre ans coiffé à la gomina qui joue sur une Nintendo DS rose que sa grande sœur a consenti à lui abandonner car elle, peut faire des tas avec les plaquettes
de jetons à 4 euros. Dans la foule, une impression de laideur générale. Personne n’est vraiment habillé comme il faudrait pour sortir : d’ailleurs la fête foraine est le plaisir permis des
pauvres, de ceux qui sortent peu. Certes les autres sont obligés d’y emmener leurs gosses mais les plus riches ont fait le choix d’éviter cette promiscuité. On y rencontrerait que trop les
employés, les ouvrières, et tout le menu fretin du patron. Les riches n’ont pas tort, on s’appauvrit à la fête foraine, dans cette fausse joie, dans ces jeux trop brefs et beaucoup trop chers. On
l’entend partout cette rengaine mais chaque famille consent à se faire dépouiller par ces forains venus chaque année dans ce coin perdu. Ces pauvres qu’on ne voit ni au théâtre, ni à la musique,
ni au spectacle, se voient habituellement sur les stades de football et évolution positive, si on a une fille elle peut aujourd’hui pratiquer le sport roi. Ca tombe bien ce dimanche il n’y pas de
plateau. Au lieu de trinquer à la buvette en espérant rigoler un peu, sans discuter au grand jamais d’un sujet qui fâche, la grève, les conditions de
travail. Le sujet en or c’est la famille pour commencer et l’ A.S saint Etienne mais sans forcer.
A la fête foraine, il y a vraiment des sales gueules, des têtes ravagées par les handicaps, l’alcool et surtout le boulot. L’habitude c’est pas mal
aussi. Il y a cette vieille qui s’est fait épiler les cils pour gagner 5 ans et qui ressemble à une poire sur laquelle on a tracé des marques noires au feutre. On trouve ce jeune blouson noir,
tout penché, avec ses boutons qui décorent son visage qui ne sourit jamais. Il joue aux machines à sous et là il perd comme tout le monde. Quand tu
gagnes c’est pire : tu te retrouves avec une montre contrefaite venue d’un atelier clandestin de Belleville ou de Canton. Dans l’heure elle ne te dira même plus ce pourquoi elle est
faite.
Aux canards, les enfants connaissent le principe ; donner l’illusion de s’amuser pour obtenir
plus rapidement un pistolet mitrailleur pour les garçons ou un ballon pour les filles. Ca raque aussi.
Vite partons.