Franck Lepage et la retraite.

Publié le 14 Août 2010

Un papier d'il y a deux ans. Une video de cette année sur les retraites...

   Franck Lepage tourne à livre ouvert un spectacle sur la fin de l’école républicaine et  le parapente. Apèrs un spectacle ébouriffant sur la culture, il revenait à Saint Amant pour une conférence sur l’école. Trois heures avec une récré.

 

   « Transformer une aliénation individuelle en jubilation collective ! » démarre Franck Lepage en stigmatisant astucieusement les déclenchements intempestifs de téléphone portable durant son spectacle. Le ton est donné, Lepage ne fait pas dans le conventionnel. Ni dans le facile : chez lui culture populaire veut dire meilleure connaissance possible. Conséquence, ses spectacles, s’ils jouent sur des registres triviaux : le parapente comme figure du survol de son numéro, ne sont jamais au rabais. Et dés le début il avance ses auctoritas avec Le Peletier de Saint-Fargeau, noble qui vota la mort du Roi sans appel ni sursis, Talleyrand ou Condorcet. Pas un mot sur Ribery ou Laure Manaudou. Lepage rappelle que Le Peletier souhaitait qu’on empêche les riches de s’instruire plus vite que les pauvres, une position défendue par Robespierre. Et propose de vérifier dans ce spectacle si l’école confirme les inégalités ou pas.  Il attaque ensuite sur les programmes et fustige ce 1515 rabâché au cours de notre scolarité, réhabilitant Ravaillac « Et 1610 alors, oui Ravaillac, un mec de la CNT sûrement… »

   Franck Lepage glisse et retourne constamment à sa propre histoire, celle de son père trois fois mort en gravissant les escaliers sans ascenseur de son HLM portant de l’eau en bouteille. « Premier responsable : l’architecte ! Le second Volvic ! » Pour le troisième allez voir le spectacle. Aussi en profite-il pour octroyer quelques leçons vertueuses et utiles sur l’eau du robinet : « Nous pissons, nous chions dans de l’eau potable mais la seule chose qu’on ne fait pas, c’est de la boire ! » Quant au plastique dune bouteille de Volvic ; il donne ce conseil salutaire pour estimer son empreinte écologique : «  Brûlez-là chez vous ! »

   L’école et sa grille de microcompéténces  passe alors sur le grill : «  A su faire rire toute la classe ? Ca vous n’avez pas. Du coup les pédopsychiatres croulent sous les demandes. » Les fiches de renseignement pointent  les inégalités dont parlait déjà Duneton : «  Profession : consultante dans un grand cabinet…et toi femme de ménage dans un grand cabinet … » Le parralléle s’affine avec le parapente, « L’école c’est pareil il faut lever la voile ! »

Lepage revient à ses leçons entre méthode analytique et globale « Mon père utilisait la méthode ancienne, lui : la beigne. Je ne fais plus d’erreurs sur les participes… » Il pointe les acquis familiaux, « Le subjonctif est un marqueur social », comme l’emploi du latin « Notre factotum » en parlant d’un employé et cite Bernard Charlot pour qui un rapport désintéressé donne de meilleurs résultats.

   L’humour s’égrene à un rythme régulier : « La Nouvelle Héloïse… la drague de folie […] je kiffe grave Proust » pointant les incohérences du système : «  L’annotation au bac : trop scolaire ! » Lepage donne ses trucs : « N’y aurait-il pas un côté proustien chez Flaubert ? » Quant il entre à Sciences Po, sa mère s’écrie « J’ai mon chalet en Haute Savoie ! »  consécration immobilière pour les familles pauvres, pense F. Lepage. Le parapente dont Lepage est un accroc est un héros à lui tout seul du spectacle. On apprend tout des cumulo-nimbus, des compétitions aériennes et du maniement d’une voile « Satanas » Basculant vers l’école, il passe encore en revue Vincennes rasé par Chirac avant que délivrer son message final tel un crucifié, « Mesdames et messieurs, il faut supprimer le BAC…regarde Papa. Je vais t’acheter ton chalet, je monte ! »

   Cette prestation théâtrale s’achève sous des ovations. Outre cette conférence gesticulée, Franck Lepage propose  des ateliers de déconditionnement. Il s’interroge à haute voix sur les raisons du militantisme de certains et la passivité des autres. « Je ne rêve pas d’être artiste, d’ailleurs j’ai un CDI avec la SCOP, Le Pavé ; à la CGT spectacle ils ne comprennent d’ailleurs pas. »  Basée à rennes cette coopérative de six membres travaille sur le management et la domestication. « On représente des consultants à l’envers. Au lieu d’ouvrir une crèche qui démarre à 2 h du matin, on propose d’aller voir le DRH pour enlever les femmes des postes. » Et les hommes, Franck ?

Rédigé par Goby

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