La petite annonce ou la grosse ?
Publié le 17 Mai 2010
Celle de Marie Hélene Lafon est sans épithète, au contraire de sa langue qui
n’hésite pas à accrocher trois adjectifs à un sujet. Une langue d’écrivain qui m’a rappelé Gracq parce que c’est rural, lent, descriptif, et « par touches sensibles » comme on dit dans les blogs littéraires. Car elle écrit en lisière comme elle le raconte. C’est pour le style si particulier qu’on lira Lafon.
L’histoire d’une installation et d’une rencontre entre cette caissière venue du Nord avec son fils, dans ce Cantal mutique et fermé, ne m’a pas handballé. Les paysans y sont tels quels
c’est à dire frustres, roublards et patibulaires et repousseraient effectivement toutes les femmes qui voudraient revenir à la terrrre. Et c’est ça qui rappelle Depardon, un monde perdu auquel on
n’a pas envie de porter secours. Mais le monde rural n’est pas seulement celui-là. « Elle aimait le mot agriculteur. C’était un vrai métier, pas une des ces misères à gout de vomi, pas un boulot d’esclave à domicile, de chair d’usine, d’hôtesse de
caisse. » pense Annette. A ceci prêt qu’un agriculteur est prisonnier
de son activité quasiment 90 heures par semaine, que nombre d’entre-deux élèvent des poulets égrotants en batterie qui les font ressembler à ces squelettiques cacochymes dans une odeur soufreuse
digne du monde rêvé de Monsanto. Et quand ils font du porc, les plateformes ne laissent aucun doute sur l’arrivée du monde moderne et chimique. Autant dire que l’agriculture a adopté toutes les
caractéristiques modernes dans un monde où les mœurs sont de l’âge médiéval
Le monde de Depardon ne montre que celui qui a disparu et qui ne transmet pas. Pourtant il existe un autre monde fait de paroles, d’amour et de
solidarité à la campagne.
A l’évidence le Cantal de Marie-Hélene Lafon répond en écho au Nord où l’héroïne subissait un compagnon alcoolique. Un Nord peu ragoutant , épris de
la famille princière et de chimères royales.
L’éditeur explique que c’est une Histoire d’amour et bien accrochez-vous, il est plus que platonique.
Lafon écrit avec cette métaphore du vers qui est un sillon, qu'on retrace sans cesse. En ça elle sent la terre et les hommes qui y meurent doucement de n'être que des rochers face au vent. Elle
rumine ses mots pour en extirper la substance, le mot le plus juste comme une vache, une vache qui a pris le train de Paris, un jour. A la campagne il restait la belote. Maintenant c'est la
télévision. Reste la grosse annonce, Roi, Dame, Valet.