Théorie du drone. La recension.

Publié le 9 Juin 2013

arton763.jpgLa chasse au drone est ouverte.

 

                  

« Le drone est l’arme d’une violence post coloniale amnésique » Et vlan ! Voilà ce qu’il en est lorsque l’un des philosophes des plus pointus de sa génération interroge le concept des chasses à l’homme. Comment des guerriers sont devenus des chasseurs hors de toutes les lois de la guerre, si tenté qu‘elles existent hors des boucheries habituelles. Pratique : Avec la notice du drone est fourni l’armement idéologique pour justifier les guerres impériales. La théorie du drone interroge comment les Etats Unis tentent de faire passer cette arme pour une arme humanitaire alors que c’est un instrument cynégétique. Grégoire Chamayou dans sa précision langagière - il a des formules foudroyantes telles qu’en avait Debord - retoque les généraux et nomme ce caméscope équipé de missiles, une arme humilitaire, un engin meurtrier manquant  des vertus militaires connue jusqu’alors.

Le soldat tue à distance avec le drone. Il tue aussi le guerrier. Il abat ce qui reste de bravoure, ou d’héroïsme dans la guerre.

Un héroïsme purement psychique est né ? Des traumas de joueurs de Playstation sont envoyés comme des leurres dans l’espace médiatique. Chamayou balaye tout ça d’un revers philosophique. Il ne raille pas les archontes, il les défie en assemblée comme un démocrate. En face, fi des Périclès, il ne reste que des bouchers férus de technologie, et des stratèges malades de leur opinion publique : car voilà l’enjeu, ne pas perdre un homme au combat. Faire la guerre en tuant à distance, assassiner quotidiennement sans procès, parce qu’une djellaba ressemble à une cache d’armes, un chasseur de perdrix devient un taliban, une réunion de villages un meeting djihadiste…

Comme Voltaire le constatait : « Quiconque était riche devint presque invulnérable à la guerre » La mort et le meurtre ne seront plus échangés de part et d’autre. Si vous avez la malchance de vivre au Yémen ou au Pakistan, et d’avoir une forte pilosité, il se peut que vous entendiez le bourdon du Predator et si l’opérateur installé au Nevada le décide, un missile déchire votre existence. Parole de pilote : « C’est comme un jeu vidéo. Ca peut devenir un jeu sanguinaire, mais c’est cool putain. »

S’il vous reste quelques illusions sur Obama, rappelez vous que la doctrine anti-terroriste officieuse de son staff militaire est désarmante :Tuer plutôt que capturer. Ca évite les procès, les interrogatoires et les chambres de torture. L’aspect financier n’est pas oublié pour autant. Econome, humanitaire, et écologique n’est ce pas ? Le drone  n’est pas à proprement parler une arme de guerre mais une arme de chasse internationale, une super pétoire pour un gibier mondial. « La chasse ne se définit pas comme une lutte à mort, mais comme une mise à mort repoussée dans le temps. [1]»

«  Si l’esclave est esclave, c’est parce qu’il a préféré vivre dans la servitude plutôt que d’affronter la mort pour défendre sa liberté. En un sens, il a aussi choisi cet état.[2] » Cette thèse misanthropique renvoie maitre et esclave dos à dos. Elle néglige toute une condition de naissance qui détermine les individus. Le terroriste est poursuivi parce qu’il est un profil hostile comme l’esclave était chassé parce qu’il est intrinsèquement une proie. L’Empire choisit ses cibles. Le spectacle les montre. Rien n’empêche que l’on suive la traque supposée d’un paysan pakistanais identifié comme un terroriste islamique à la télévision. On propose depuis belle lurette les chasses aux voleurs sur les chaines américaines. Demain soir on proposera des chasses mondiales retransmisses en dronovision. Le spectacle anesthésie d’un coté, tue de l’autre.

 

Théorie du drone. Grégoire Chamayou, La Fabrique. 2013. 14 euros.



[1] Grégoire Chamayou, Les Chasses à l’homme. La Fabrique. 2010.

[2] Ibid.

Rédigé par Louise Mitchell

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