Place du Diamant,
Publié le 26 Novembre 2009
Place du Diamant, disparition d'Abel Paz et périssement d'Omar.
Il a fallu que je sois logé à deux pas d'un roman, à deux pas d'une place en or, « La place du Diamant » et que Frankie m'est tendu, juste avant que le bus ne démarre, ce bouquin de Mercé Rodoreda, une Barcelonaise, d'avant que la capitale catalane ne soir plus connue pour son tourisme axé autour de la Gaudimania. Pauvre Gaudi, soit dit en passant, c'est toujours aussi surprenant de voir cette beauté au milieu de tout ce contingent, ce banal de l'architecture encastré dans la trame Cerda, qui découpe la ville plus surement que ce fil dont se servent les copains pour couper le caillé de la fourme. Sagrada Tourista.
La Place du Diamant ça m'a replongé dans l'Hommage à la Catalogne, à 36, celle de Georges Orwell racontant la révolution anarchiste et j'avais un bol, je me trouvais à Gracia qui avait bien changé depuis quinze ans et encore plus depuis les années 30 où s'était alors un vrai quartier populaire. Mais le plus merveilleux dans ce bouquin, c'est que ce n'est absolument pas un récit de la révolution mais le témoignage d'un catalane épousant un rustre (comme il y en a tant ) et qui trime pour nourrir sa famille en vivant dans un gourbi que son mari s'empresse de remplir de pigeons qui salissent toute la maison, de leurs fientes. En parlant de bouquin, il y a celui du regretté (fallait bien qu'il retourne en terre) Abel Paz, Viaje al Pasado, traduit aux éditions La Digitale sous le nom de Barcelone 36, où il raconte ses quinze ans au coeur de la révolution anarchiste. Je l'avais rencontré à Clermont Ferrand, lui qui venait présenter ses livres sur Durruti et « charlar » avec la jeunesse. Francis Blaise a fait un beau portait de lui qu'on peut voir sur Contrefaits.org dans la rubrique Portraits de la guerre d'Espagne. Il avait pas trop compris la Loi Evin.
Le quotidien de Place du Diamant, est simplement et surement raconté, avec ses peurs quand son mari prend leur fils nourrisson en moto, avec ses maladies, quand il attrape le ver solitaire où quand il prend un malin plaisir à l'humilier.
La révolution passe là-dessus et change la donne. L'auteure n'en raconte rien mais le peu qu'elle distille est précieux. Attention toutefois ; si l'on ne sait rien de cette époque, on passe derechef à côté.
La fin de la guerre raconte les difficultés de la faim. J'aime toujours cette reminisence de la faim , tant de nos jours, on n'en éprouve que rarement la sensation.
Il a fallu que je sois à Barcelone pour qu'Omar Bongo crève dans une belle clinique. Je l'avais pourtant prévenu quand je suis passé avec la petite, au marché de Gracia : Le homard à la catalane, c'est une recette où l'on ébouillante la bestiole crustacoïde : « Plongez le homard dans une grande marmite d'eau bouillante salée pendant 5 min. Egouttez-le , passez-le sous l'eau courante, épongez-le puis découpez-le (Fendez les pinces avec un marteau, détachez les pattes, fendez la tête en deux et coupez le corps en quatre). » Et après c'est Bongo ! Vous n'avez plus qu' a inviter tous des grands chefs d'états très jolis même ! Des caimans !
16 Juin 2009. De ma verte Montagne.
Sur la Place du Diamant, on trouve aussi ça, ces paroles de Colometa:« A la maison on vivait sans un mot et les choses que je sentais en moi me faisaient peur parce que je ne savais pas si elles étaient à moi. » Je ne sais pas s’il faut rajouter quelque chose à cette pensée mais putain que ç’est parlant !
Cette femme aussi : « Et qu’elle, sans la révolution, comme elle n’était qu’une pauvre ouvrière, elle n’aurait jamais eu une nuit de riche et d’amour comme celle qu’elle avait eue. Quoi qu’il arrive toute ma vie , j’aurais cette nuit… »
Lorsque Mateu, de retour du front d’Aragon raconte à Colometa, «Mais il y a au-dessus de tout ça quelque chose de plus important encore, quelque chose qui nous concerne tous et si on perd on nous liquidera tous. » Le mari de Colometa qui lui aussi s’est engagé au front en fait pas dans la dentelle, « Quimet lui a dit qu’il savait parfaitement comment on avait fait la grande guerre, il avait collectionné les généraux avec des images en chocolat. Mais la manière dont la jeunesse fait la guerre maintenant, c’est un plaisir… » Il parle de cette guerre révolutionnaire.
Quatre-vingts ans plus tard des choses renaissent ou n’ont jamais cessé d’exister ; une clocharde assise sur le perron d’une porte Paseo de Gracia colle des images Panini du FC Barcelona. Ainsi les pauvres, « petits » rêvent toujours avec des images d’enfants des grands de ce monde, un jour généraux et bouchers d’Albacete remplacent les Pétain et les Lyautey, qui envoyèrent de tout temps des paysans et des ouvriers « s’embaillonetter » , se gazer de tranchées à tranchées…Dans l’Europe du XXIe siècle, les gladiateurs et idoles modernes sont des jeunes sportifs rapides et musclés qui courent sur des pelouses. Les divertissements d’autrefois incluaient la mort, ce qui rendait le jeu plus réel. Maintenant on joue par procuration. C’est à se demander s’il ne faudrait pas remercier ceux qui nous nourrissent de divertissement passif et sans danger.
21 JUIN 2009.