tête en friche.

Publié le 26 Novembre 2009

 

Tête en friche. Marie-sabine Roger. Editions du Rouergue.friche.jpg

 

« Entrez , je suis pendu », comme la langue ?  C’est dans La Peste de Camus. Marie-Sabine Roger propose une réinvention avec un « Entrez, je suis flingué ! » Prononcé par Germain Chazes, son héros rural qui écrit le nom de son père sur le monument aux morts alors que ce dernier n’est ni mort à la guerre de 39-45,  ni à celle d’Algérie. Non, juste mort dans un banal accident.

   Le père absent oui, mais la mère collante, quoique peu attachante ce qui fait intervenir Romain Gary dans la bouche de Marguerite, la grand-mère d’adoption de Germain : « Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. », lui qui vécut un attachement douloureux à la sienne, comme le souligne cette métaphore cynotechnique: « On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. » Remarque personnelle, car je reviens à Camus et à son : « Aujourd’hui, Maman est morte » laconique et éloignée de la gueule du chien.

 

   La mère de Germain est une peinture vivante des nôtres, en pire souvent ; réminiscences : « Mais c’est comme un fait exprès, moins je voulais prendre de place, plus je poussais d’un peu partout. Des pieds surtout. Qu’est ce qu’elle a pu gueuler ma mère, quand j’y pense, à devoir me racheter des pompes tous les trois mois. » Si ça, ça ne vous rappelle rien, alors appelez votre môman, et remerciez-là. Remerciez-là de ne jamais vous avoir dit : « Mais tu vois ce que tu me coûtes ? Tu vas y aller pieds nus, à l’école, si ça continue ! Pieds nus, c’est moi qui te le dis. » J’adore cette répétition, cette résonance du « C’est moi qui te le dis » Toute la force du verbe est contenu dans cet appui cornélien. » L’emphase quoi !.  Et Germain qui est traîné au Palais de la chaussure…lui qui ne supporte déjà pas l’école : « On dira ce qu’on voudra, le bonheur, pour un gosse, ce n’est pas d’aller à l’école. Ceux qui racontent ça, n’aiment pas les gamins… Les enfants, ce qu’ils veulent, c’est pêcher le goujon et faire des barrages en gravier sur la voie, pour faire dérailler les trains de marchandises- même si on sait bien que ça ne marche pas (Hein Julien ?) Je confirme, moi qui ai pratiqué l’école buissonnière à trois ans  et qui redoutais que ma mère ne me traîne chez Babou pour me déguiser en singe. 

«  Quand on est mioche, on veut être un héros, et c’est tout. ». Ma foi, c’est vrai, j’ai souvent cru être Achille, Hercule puis perdant ma culture, l’homme qui valait trois milliards.  Je me suis  identifié comme un malade à l’homme de l’Atlantide, avec Patrick Duffi au point de nager comme lui mais en piscine et de percevoir des modifications entre mes doigts.

 

    Camus écrivait dans la bouche de Céleste : « On n’a qu’une mère » Un  peu banal et totalement subjectif comme propos. Est ce qu’on a deux pères ? Et puis évidemment que certains ont deux mères. Germain lui a deux grand-mères, la biologique  pas reluisante et puis celle qu’il s’est choisi, celle qui lui lit Camus et « La promesse de l’Aube » de Gary. Pas Cooper, pour ceux qui suivent…

   J’aime aussi ce trait bien trouvé : « Ca devient vite une habitude d’être un abruti, vous savez ? J’en parle un peu par expérience. D’abord on l’est par flemme et puis on reste au ras. » J’ai l’impression d’être passé pas loin parfois et d’en avoir réchappé de peu, moi aussi.

 

20 JUIN 2009. Marseille.

Rédigé par goby

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