Vivement dimanche.
Publié le 26 Novembre 2009
Les banques ferment, le Nouveau Parti Anticapitaliste, lui, s’ouvre. Depuis qu’Olivier Besancenot, le postier charismatique, a lancé avec ses camarades cette ouverture du Capital, les nouvelles recrues affluent. Qui sont les nouveaux militants du NPA ?
Agathe est rédactrice territoriale à Nîmes et n’a jamais appartenu à la L.C R, pourtant elle s’est retrouvée déléguée au Congrès à Paris. Certes, elle n’est pas tombée de la dernière pluie : cette militante de Ras le Front a rejoint le NPA après les municipales. Elle a donc construit le Parti : « C’était l’occasion, je ne me reconnaissais dans aucun parti jusqu’alors, je votais extrême gauche au premier tour, PS au second, sans illusion. »
À Martigues, c’est un ancien de « Révo » qui a repris sa carte à 10 euros : « On a voté pour faire tourner les délégués, instaurer une rotation sans bloquer le système » Nicolas a adhéré et constate que les nouveaux sont légion. A Marseille, sa fille, universitaire et très engagée dans la grève des enseignants chercheurs, a connu un même élan pour le NPA . Toutefois la longueur des débats l’épuise. Tout comme Marie, jeune architecte, qui constate les tensions entre anciens liguards et nouveaux, au comportement plus libertaire et résolument tournés vers l’action. L’arrivée de nouveaux militants n’est pas sans risque, comme l’a constaté Fred avec sa casquette de titi parisien : « Avant avec la LCR, c’était carré, là avec les nouveaux, ça part dans tous les sens. »
On trouve aussi ceux qui s’agitent dans l’Appel et la Pioche de Leila Chaibi, en pique niquant dans les supermarchés. Proche des Désobéissants, ces nouveaux militants partagent le côté libertaire d’Olivier Besancenot et ses rappels fréquents à l’insurrection de Oaxaca. Sans parler de son appel de Leucate, « mi-guevariste, mi-libertaire » cernant bien les nouveaux activistes qui n’ont pas lu Trotski, mais ont adoré « Léon ». Dans l’Eure, c’est un déboulonneur de pub qui est au NPA.
À Avignon, la commission Quartiers Populaires à laquelle appartient Abdel est la manifestation de mots mis sur les maux : Reconnaître que les jeunes en cabane sont des prisonniers économiques a plu à ce jeune de la Rocade qui a visité avec Olivier Besancenot la prison. Il s’intérroge face aux habitudes du PS ou de l’UMP: « Comment ne pas être les Arabes de service ? » Les désobéissants d’Avignon ont par contre quitté le navire.
Ingrid Hayes, qui appartient à la direction du NPA a Paris constate la place prépondérante de l’écologie radicale et l’anti-productivisme, « Ca c’est réglé ! » Par contre la décroissance est une idée un peu neuve : « Les gens sont heurtés ; ils se posent des questions. » Ingrid Hayes, qui a adhéré en 1999, a pu constater que « La génération Krivine et Sabado nous ont laissé faire » Alors que chez les anarchistes de l’En dehors, on parle du bluff libertaire de Besancenot, certains Alternatifs sur la blogosphère déplorent un manque de souveraineté des groupes locaux.
Dans les plaines du centre, le NPA s’est entiché d’un vacataire, Christian Nguyen, un creusois né sous l’étoile de 1968 et un premier mai en plus. Son combat a commencé avec la lutte pour les services publics dans un département qui souffre des fermetures de toutes sortes. Alain Laffont qui est troisième sur sa liste reconnaît « des militants de valeur dans la Creuse, un enracinement fort » mais rajoute sans amertume : « J’aurais pu être tête de liste. »
On se souvient que la LCR avait envoyé un de ses membres de Seine-Saint-Denis en face d’Alain Laffont à Clermont-Ferrand aux Législatives et avait réalisé le score impressionnant de 15% aux municipales. Olivier Besancenot était venu entre les deux tours panser les plaies. « C’est oublié » ricane ce médecin « grande gueule » « Mais tous les mois, je paye encore pour les 1,3 % que nous a pris le candidat LCR officiel. Ca nous le rappelle » grogne-t-il.
Alain Laffont était un partisan de la liste Unitaire, mais « Je ne suis pas comme Picquet , coûte que coûte » D’ailleurs le rapprochement avec Chevènement ou les errements du PC et du Parti de Gauche ne l’ont pas fait hésité longtemps : « Je passe mon temps à vilipender le PC et le PG à cause des cadeaux aux entreprises qu’ils font au conseil général… »
Au plan national, ils sont 10 000 adhérents désormais dispersés dans 467 comités locaux dont les plus importants sont à Paris et dans les Bouches-du-Rhône. Cette progression vertigineuse montre une virilité certaine : « 65% d’hommes » et un plus grand nombre d’adhérents du privé : 47% selon Florence Joshua. « Des cellules locales ont été créées au cœur même de la classe ouvrière dans les usines Renault Sandouville, Ford Bordeaux et Renault-Flins, » peut-on lire sur le site du NPA, comme quoi les vieux rêves sont tenaces. Et Cacolac Cronstadt ?
Un collectif marseillais aurait vu d’un œil amusé Jean Marc Rouillan, l’ex d’Action Directe en tête de liste: Pas encore certains de la venue imminente de la révolution, le NPA a finalement choisi Alain Mosconi, le pirate corse qui tiendra la barre derrière Raoul Marc Jeannar. Rouillan, toujours incarcéré, sert de repoussoir sous l’étiquette: « NPA terroriste ! » et ces attaques viennent du PS et du PC » m’indique Ingrid qui ajoute qu’« une autre campagne plus dure et sournoise, vient directement de l’Elysée.» La CGT par la voix de son briard de service reprend les déclarations du président de l’Unedic « qui tente l’amalgame inacceptable », selon Bernard Thibault, « entre les salariés qui retiennent leurs dirigeants et les assassins de Georges Besse. »
Besse, celui qui a été retenu d’une balle ?
C .Goby
Titre de l’émission de Michel Drucker ou Olivier Besancenot est apparu.